Soraïa, la petite bonne de Renaud de Heyn

Renaud de Heyn, bédéiste belge de Vent debout (2010), revient avec un nouvel album, Soraïa, publié chez Casterman en mai 2012.

Formé à l’Institut Saint-Luc de Bruxelles, Renaud de Heyn a voyagé un peu partout dans le monde musulman, et notamment au Maroc, où il y a notamment partagé son expérience professionnelle en tant qu’auteur et éditeur de bande dessinée à l’institut des Beaux-Arts de Tétouan. Soraïa est un retour en images sur la ville qu’il a parcourue et les découvertes qu’il y a faites.

Medhi Ben Beth, fils d’un paysan berbère au Nord du Maroc dans le Rif, voit la récolte de son père partir en flammes, faute de paiement. Sa famille alors dans le besoin, décide de vendre leur fille unique Soraïa à un couple de bourgeois en échange d’une avance de salaire pour survivre.

Perçu comme de « bons musulmans », le couple promet scolarité et soins aux parents de la jeune Soraïa. Toutefois, Medhi, peu dupe, comprend que sa sœur va être réduite en esclavage, et part alors à sa recherche, quittant ses montagnes pour les rues bondées de Tétouan.

Suivant le parcours de deux enfants à l’image des romans d’apprentissage, Soraïa, est une bande-dessinée sur la fin de l’innocence.

Les couleurs claires lentement dégradées vers des tons plus neutres dans les cases panoramiques et verticales venant figurer le passage entre aube et crépuscule, viennent ainsi mettre en image la fuite irrémédiable du temps et surtout, la fin du passé.

Loin de la campagne, royaume de quiétude et de naïveté, Medhi et Soraïa vont être jetés contre leur gré dans un monde urbain, un monde d’adultes où toutes les illusions peinent à survivre.

Au cœur d’un Maroc contemporain où l’Islam y est omniprésent, celui-ci s’est malheureusement égaré dans de mauvaises mains. Ses gardiens conservateurs obsédés par le pouvoir prônent violence et intolérance, convaincus que « l’honneur se lave avec du sang ».

Les discours haineux contre les Juifs, les Chrétiens ou encore les Américains témoignent d’un malaise social et culturel qui dépasse les simples frontières marocaines, s’étendant sur le monde musulman.

D’autres thèmes parcourent aussi l’album, s’entremêlant avec les questions religieuses au fil des cases de Renaud de Heyn : la dignité humaine et le néo-esclavagisme, la place de la femme dans la société et sa considération, ou encore la confrontation entre les pauvres et les riches.

La bande-dessinée se termine sur un rappel de la ratification de la Convention internationale des droits de l’enfant en 1959 par le Maroc et ironiquement, ses multiples manquements dont le dernier remonte à 2011.

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