Toubab or not Toubab du duo Sonon et Mercier

Toubab or not Toubab, publié aux éditions Rivages/Casterman/Noir en 2012, est le fruit d’une rencontre fructueuse entre Mathias Mercier (bédéiste et auteur de Colères publié en 2009 chez Casterman) et Hector Sonon (récipiendaire du prix Africa e Mediterraneo 2007-2008 pour son album Darfour).

Album rédigé à quatre mains, il est un véritable roman picaresque imagé ayant pour héros tragique, Hondo, un adolescent Mauritanien âgé de douze ans.

Hondo est arrêté par un policier alors qu’il rêvasse sous un arbre, près du commissariat d’Abidjan, en Côte d’Ivoire. Alors qu’il échappe une première fois aux mains de la justice, il rencontre sur sa route sinueuse un couple de trafiquants d’organes sanguinaires, Bombo et Doumbia.

Cette rencontre signe le début d’un très long périple où violence, drogue et corruption se dressent devant Hondo comme des obstacles à surmonter. De trahison en trahison, Hondo subit et s’endurcit, trouvant en Boubakar alias Colonel Jackson, ancien enfant-soldat de Sierra Leone, un compagnon fidèle quoi que peu fiable.

Les deux collègues de fortune, esquissés comme des adultes, signe d’une enfance évaporée bien trop vite, poursuivent parfois ensemble, tantôt séparément, l’apprentissage de la vie et celui du système D vivotant de petits boulots en petits boulots, se retrouvant parfois autour d’une baguette de pain.

Le récit réaliste dessiné par Mercier et Sonon, empruntant largement au réel et dénonçant notamment les relations tendues souvent hypocrites entre les «toubabs» et les locaux depuis les Indépendances, s’appuie sans conteste sur l’expérience de Jean-Claude Derey, journaliste syrien et troisième voix de cet album sans consensus.

Le trait franc et sans fioritures des bédéistes assume une narration à la fois complexe et riche.

La question de la survie, résonnant à chaque page, permet de mettre en avant d’autres thématiques analogues telles la recherche de l’endroit parfait pour revivre, la fuite d’une réalité difficile et décevante, la quête légitime d’un « meilleur » qui semblerait (toujours ?) se trouver de l’autre côté du continent. Hondo projette à un moment de l’intrigue de monter dans un bateau ukrainien en partance pour le Havre, avant de se retrouver une nouvelle fois floué et laissé sur les plages ivoiriennes.

Hondo, dont l’innocence autant que l’honnêteté semble désespérément s’agripper à son regard candide, devra se battre pour ne pas sombrer dans l’attirante facilité de l’illégalité car, lui soufflera Boubakar : « Reste propre … c’est ton unique richesse en ce monde ».

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