RD Congo : facebook, s’informer et informer en temps réel

En RD Congo, les réseaux sociaux notamment Facebook, attirent depuis quelques années des milliers de gens, surtout les jeunes. Certains y postent, presqu’en temps réel, des informations sur les événements de leur région. Mais toutes ne sont pas crédibles et les photos parfois choquantes.

Mi-novembre, pendant que le gouvernement congolais entretenait le flou sur la prise de Goma, capitale du Nord-Kivu par les rebelles du M23, sur Facebook, la nouvelle s’était déjà répandue comme une traînée de poudre, prenant de court les médias traditionnels. Des photos des mutins ont été publiées par les habitants de Goma. C’est grâce à ce réseau social sur internet que beaucoup d’habitants du Bas-Congo à l’ouest du pays ont été informés. ”Goma est tombée!”, s’étonnait alors un internaute dans un cyber à Matadi. ”Venez voir les images”, disait-t-il à ceux qui n’en croyaient pas leurs oreilles.

DCongo_Facebookepuis près de quatre ans, les Congolais sont de plus en plus nombreux à utiliser les réseaux sociaux, principalement Facebook, via les cybers ou les téléphones portables. Sur ces plates formes, ils vont partager des photos, des informations de tous genres, découvrent les amis de leurs amis, se créent de nouveaux réseaux.

Avec moins d’1$, les sociétés de téléphonie cellulaire offrent désormais l’accès à internet pendant 24 heures. C’est la ruée sur l’information. Chacun se bat pour poster sur son mur des informations de première main (mur, espace sur la page facebook d’un internaute qui lui permet d’y placer des informations visibles par tous, Ndlr) .

”Chaque fois qu’il y a un événement autour de moi, je me bats pour le placer en premier sur mon mur à travers mon téléphone pour informer les gens”, explique Bruno Ndombe, un habitant de Matadi. Au nombre des accrocs: les étudiants. “Je ne peux pas faire deux heures sans visiter mon compte. Cela me permet de répondre instantanément, aux messages des amis”, lance Feza, étudiante à la faculté d’Economie à l’Université libre des pays des grands lacs (ULPGL) à Goma. ” Avec la mondialisation, il est aberrant qu’un étudiant n’ait pas un compte Facebook”, soutient Pierre Busime de la même université.

Citoyens reporters

FacebookDe nombreux Congolais viennent ainsi grossir le nombre des citoyens reporters dans le monde. A l’aide de leurs téléphones, ils prennent des photos, des sons et ou des images, écrivent des textes et les diffusent dans les réseaux sociaux. Ils sont premiers à informer sur ce qui touche leur environnement immédiat. Ce qui permet à certains de gagner de l’argent. ”Beaucoup vendent leurs images ou photos à des médias parce qu’ils se sont retrouvés au bon endroit et au meilleur moment avec des images que les médias n’ont pas”, explique Cedric Kalonji, journaliste, spécialiste des nouveaux médias.

Mais le contenu de leurs informations est parfois peu crédible et les images brutes qu’ils diffusent heurtent l’éthique. Un ”facebookeur” de Goma n’avait pas dit la vérité en affirmant le 16 novembre dernier: “Les mutins du M23 sont déjà à Goma et que le gouverneur du Nord-Kivu s’est réfugié à Bukavu ”.

Cette information s’était révélée fausse. La ville a été prise deux jours plus tard. Sur certaines pages, on voit des photos horrifiantes. Comme l’image d’une femme enceinte nue bâillonnée en gros plan sur une table opératoire de fortune. ” C’est quoi cette image”, s’est écriée Ruth Mundele une habitante de Matadi qui ne pouvait regarder par deux fois la photo. On y rencontre également des images tronquées à l’aide du logiciel Photoshop qui sont publiées, des informations diffamatoires, des injures, des atteintes à la vie privée…

Difficile régulation

Ce n’est pas le réseau social en lui-même qui est dangereux, c’est l’utilisation que l’on en a. La majorité des personnes utilisant ces sites sont des jeunes et la plupart sont assez naïfs. Cependant, le gouvernement congolais à du mal à réguler ce secteur.

” Si le pays était connecté à la fibre optique cela lui permettrait de contrôler l’utilisation des réseaux sociaux particulièrement facebook comme il l’a fait avec les sms avant la publication des résultats de l’élection présidentielle”, estime un spécialiste en communication de Goma. Un avis que ne partage pas Me Dieudonné Byaombe, avocat.

“Cela viole une disposition de la constitution qui veut que toute personne ait droit à la liberté d’expression. Ce droit implique la liberté d’exprimer ses opinions ou ses convictions, notamment par la parole, l’écrit et l’image, sous réserve du respect de la loi, de l’ordre public et des bonnes mœurs”.

Sociologue à l’université de Bukavu, Safari Muhonde demande aux internautes ”d’être responsables et d’éviter de poser des actes qui peuvent mettre en péril la nation”. ‘ Il faut que les journalistes se mettent au pas de la mondialisation en utilisant notamment les réseaux sociaux, conclut Cédric Kalonji, sinon, ils seront boutés dehors par les jeunes qui maîtrisent les nouvelles technologies de l’information”.

Par Alphonse Nekwa Makwala, Trésor Makunya Muhindo

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