RD Congo : de plus en plus de gros à Goma

Presque 10% de personnes obèses en plus en cinq ans : à ce rythme, plus de 20% des habitants de Goma seront en surpoids en 2021, selon les spécialistes de santé publique. En cause, des régimes alimentaires déséquilibrés.

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Quel est le régime courant d’un habitant de Goma qui s’en sort financièrement ? Haricots, lait, soja, sucrés, pommes de terre et viande rouge, pour l’essentiel, « bref, des aliments gras et sucrés, et tous les jours lorsqu’on a un emploi qui paie correctement », constate Fiston Kambake, gérant de restaurant et bien placé pour regarder dans les assiettes des clients.

afrique_en_marche_ep_1Dans les pays du Nord, l’importance de la consommation quotidienne de fruits et de légumes est abondamment relayée, depuis plusieurs années, par les médias via des campagnes officielles. Rien de tel ici. Pourtant, selon un rapport des services de statistique de la division provinciale de la santé, le pourcentage de personnes obèses est passé de 5,6 à 14,5% entre 2007 et 2011.

Dans les salles de gymnastique ou dans la rue, il n’est ainsi pas rare de voir des personnes en surpoids pédaler sur des vélos afin de perdre des kilos. « Mon médecin m’a ordonné de faire beaucoup d’exercice et de ne pas manger plus de deux pommes de terre et un œuf par jour, mais je ne maigris pas », se lamente un des habitués d’un club de gymnastique.

« Lorsque nous avons eu de bons emplois, se souvient Suzana Kitwanda, qui travaille dans une Ong internationale, nous nous sommes mis à manger n’importe quoi sans nous poser de questions. Des aliments gras, sucrés, plus de trois fois par jour. Mon mari, qui a à peine plus de trente ans, pèse aujourd’hui plus de 100 kg. »

Les facteurs favorisant l’obésité

En tête des causes de cette hausse de l’obésité, les aliments transformés. Kahene Abel, ingénieur agronome et chef du bureau à l’inspection provinciale de l’agriculture, remarque que « les familles rurales sont moins touchées car elles consomment souvent des aliments naturels » ; essentiellement, d’ailleurs, pour des raisons économiques. Or les aliments transformés – conserves, plats préparés, surgelés, sucrés – sont plus riches en sel, sucre et graisses.

MArché_RDCongoCertains changements sociaux favorisent leur consommation : ainsi, note Pascal Anyole, enseignant de santé publique à l’Université du Kivu, le développement du travail des femmes réduit le temps consacré à la préparation des repas. Les ménages consomment plus de produits tout prêts et sophistiqués : …

Pierre Bwingu, chargé de communication, se trouve lui déjà pris dans un yo-yo prise de poids/régime : « Pendant la pause, je prenais deux boissons sucrées, un poulet conservé et je pesais plus de 90kg. Désormais, je ne prends que du café le matin, un citron pendant la journée avant le repas du soir, et mon poids est redevenu normal.  » A ceux qui protestent lorsqu’on critique leurs habitudes alimentaires, Pascal Anyolite précise « qu’il ne s’agit pas de retourner en arrière, mais de manger moins en variant davantage les aliments ».

Prévention

En attendant des mesures de prévention aujourd’hui quasi inexistantes, une conférence animée en octobre dernier par les enseignants de la faculté de Santé publique de l’Université du Kivu a permis une timide prise de conscience. Des médecins y ont tenu des séances d’information sur les aliments.

Car les préjugés sont bien ancrés : la prise de poids est socialement valorisée, c’est un signe d’aisance et les personnes minces sont souvent soupçonnées d’être malades, notamment du sida. Des techniques de chirurgie bariatrique (qui réduisent les capacités d’absorption des aliments) existent, mais ne sont pas pratiqués à Goma. Cependant, pas de miracle à en attendre : ces techniques ne sont qu’un recours à des modes de vie déséquilibrés : « On peut bien opérer, mais si un patient continue à abuser des sucreries, des boissons gazeuses, de l’alcool et des produits gras, il redeviendra gros », rappelle José Kayumba, le médecin-chef de l’hôpital général.

Par Cosmas Mungazi

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