Futur de Booba : un retour vers le futur risqué…mais gagnant

A bon entendeur, Booba n’est pas prêt de céder sa place de numéro 1 du hip hop français. Adulé, jalousé et détesté, le rappeur du 9.2 est attendu au tournant  à chaque titre, chaque mixtape et chaque album. Bien évidemment, son dernier opus Futur n’échappe pas à la règle. L’attente est d’autant plus forte qu’il s’agit là de la première galette estampillée AZ Records, un des labels du géant Universal.

Booba_FuturFort de son nouveau deal avec une Major, on pourrait penser que B2O se reposerait sur ses lauriers. Au final, l’album est de bonne facture, mais à force de proposer toujours la même recette, il n’est pas certain que Le Duc de Boulogne puisse encore longtemps distancer ses confrères, qui tentent tout leur possible pour faire aussi bien que lui.

En dix-huit ans de carrière et six albums studio, Booba est parvenu à imposer son univers musical et à fédérer un public large -à la fois urbain et de plus en plus citadin- friand du politiquement incorrect. A l’image du rappeur, Futur se veut sulfureux, bling-bling et gonflé à la testostérone.

Dès l’introduction, G5 plonge en quelques secondes dans un décor sombre voire inquiétant, celui de la street où seul le respect mais surtout la violence prévalent. Inévitablement les punchlines sont assassines aussi bien à l’encontre de la police que de la concurrence qu’il égratigne. Le Boss du Rap Game le rappelle sur Maki Sall Music : il ne craint personne et sort cet album sans trop de pression.

Fidèle à ses thèmes de prédilection, B2OBA aborde -au risque de lasser- les sujets qu’il maîtrise le mieux : les armes, le sexe, les drogues et sans surprise l’argent qu’il glorifie de façon systématique. D’ailleurs, il le prêche lui-même dans Caramel, un des morceaux phares de l’album « J’dois faire du biff, de la mula, du caramel ».

Booba_2-Si les gros bolides, les marques de luxe et filles faciles sont érigés en modèle de vie les trois quarts du temps (C’est la vie, Kalash, Rolex), Boulbi est aussi capable de surprendre par  une plume moins virulente.

Avec Jimmy titre reggae (sample de Longtime Riddim), il relate la tranche de vie d’un jeune garçon quittant le Sénégal pour la France. Plus intimiste, sur le morceau 2Pac, Elie (son véritable prénom) rend un touchant hommage à son ancien acolyte Bram’s décédé en 2011. Enfin, dans Futur, titre éponyme, il dresse le bilan de sa carrière et certifie qu’il est « trop en avance » sur son temps.

Quand on analyse la discographie du numéro 10, on peut affirmer que Futur s’inscrit clairement dans la continuité avec les deux opus précédents Autopsie Vol.4 (2011) et Lunatic (2010). Au bout de quelques minutes d’écoute, les similarités sautent aux oreilles et on comprend la stratégie qui se cache derrière : un redoutable mélange de titres hardcore et commerciaux destinés à séduire l’audience la plus large possible.

Pour cela, Booba utilise ses ingrédients magiques : Auto-Tune (à l’excès diront certains), refrains chantés, featurings de poids avec la présence notamment des ricains Rick Ross et 2 Chainz et des mélodies en béton armé assurées pour l’essentiel  par le duo de producteurs maison Therapy (2093 et 2031).

La formule B2OBA semble fonctionner correctement en tout cas. Pour preuve, porté par une pluie de singles très bien classés dans les chats,  Futur connaît le meilleur démarrage de sa carrière et a établi un nouveau record de vente hebdomadaire toutes catégories confondues dans l’Hexagone (51 000 copies écoulées en une semaine). Les clashes à répétition des derniers mois contre Rohff et La Fouine ne sont certainement pas anodins à ce succès.

Alors, certes Booba ne révolutionne pas le genre avec son dernier projet mais il affirme plus fort que jamais son style avant-gardiste. Qu’on aime ou qu’on déteste, il faut bien avouer que Garcimore reste encore et toujours une sacrée référence en la matière.

AUCUN COMMENTAIRE

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.