Facebook : Sawt Nssa, un exutoire pour les Algériennes

Persécutées, attaquées puis enfermées, les femmes algériennes de la page Facebook Sawt Nssa ont trouvé un rare moyen d’exprimer leurs douleurs et souffrances. Elles le font à travers l’anonymat que leur procure la toile.

Sawt Nssa

Sawt Nssa, qui se traduit par Voix de Femmes, est une page Facebook qui se définie comme : «un espace d’expression dans lequel nous voulons dénoncer activement et agir sur le harcèlement que subissent les femmes algériennes dans les lieux publics».

Avec plus de 70 témoignages, anonymes ou sous pseudonymes, cette page est pour l’Algérie un portail vers l’exclamation de la peur et l’impossibilité d’être femme dans une société où cette dernière est toujours diabolisée.

En Algérie on dit : «Lemra Chitan (la femme c’est le diable)». C’est dans ce contexte que Sawt Nssa est pour plusieurs d’entre elles un espoir.

Anonymes ou pas, ces récits résonnent dans les oreilles des lecteurs comme une gifle sifflante, teintée de culpabilité et de mépris. Ces témoignages apportent à la société une réelle vitrine vers l’horreur que subissent les femmes quotidiennement.

Allant de simples mots agressifs aux violes, on peut tout lire : «abus sexuels au travail, agressions dans la rue et dans les transports collectifs. «Le simple fait d’aller faire du jogging en pleine journée dans un espace public relève de l’exploit », souligne un autre témoignage.

Sawt Nsaa se veut une un espace de libéralisation et d’extériorisation de leurs souffrances. Elles qui ne peuvent pas parler de peur d’attirer la honte sur leur famille.

Et l’État ?

Sawt Nssa2

Dans le quotidien national d’information La liberté, Kamel Rahmaoui, doctorant en Sciences juridiques de l’Université de Constantine,  explique que la législation algérienne apporte une “reconnaissance inadéquate” de l’harcèlement sexuel, le qualifiant d’acte d’”abus de l’autorité”.

Par ailleurs, suite à la sortie du film égyptien les Femmes du Bus 678, premier du genre à traiter de la situation d’agression sexuelle, des agressions de journalistes ainsi que des incidents en Inde et au Maroc, la situation de ces femmes semble revenir à l’ordre du jour.

Au moment où les mouvements polémiques Femen débarquent au Maghreb et occupent une part importante dans l’attention médiatique,  plusieurs se questionnent sur la place qu’occupera un tel mouvement social et non politique dans l’esprit du public et quelle réaction aura l’État face a ce fléau grandissant.

Quelques citations anonymes :

« Je devais avoir entre 6 et 8 ans. À l’époque, nous passions souvent nos week-ends au « bled », en Kabylie, chez mes grands-parents. Mon oncle est d’à peine 10 ans mon aîné, il devait donc avoir à l’époque entre 16 et 18 ans. Un jour, il me propose de venir faire la sieste avec lui (…)Je n’ai jamais détesté mon oncle, et je ne l’ai jamais considéré comme un obsédé sexuel ou comme un pédophile (ce qui ne veut pas dire que je ne lui en veux pas). Je suis même convaincue qu’il ne l’est pas. Comme je suis convaincue que la moitié des auteurs de ces agressions ne le sont pas, et c’est bien ça qui m’inquiète.»

« La veille de mes 18 Ans, on m’a emmenée en urgence à l’hôpital de Bejaia ou je passais mes vacances d’été. J’étais dans un état lamentable d’ailleurs on m’a opérée le l’en demain matin. Pendant que je me tortillais de douleur sur le lit, un médecin ou un infirmier qui se faisait passer pour un médecin ou je ne sais quoi faisait mine de s’inquiéter de mon état essayait de me rassurer… Il avait un sourire malveillant et a commencé à me caresser le visage, je ne comprenais pas son geste, puis il s’est mis à me caresser les lèvres, ça se voyait que mon état ne l’intéressait guère, la seule chose qui l’importait était de me toucher. J’avais tellement mal à ce moment que je ne pensais qu’à ma douleur, je lui disais que j’avais mal, mais il s’en foutait. Aujourd’hui je regrette de ne pas l’avoir remis à sa place, dire qu’il portait une blouse blanche… »

« Quand courir devient un exploit
Hier, deux amies ont décidé de courir, se défouler, faire du sport. Sur une belle allée investie habituellement que par des hommes (ARDIS) et seules face aux klaxons, aux injures, aux voitures qui s’arrêtaient, aux regards oppressants ; tout pour leur signifier que ce qu’elles faisaient était déplacé, elles l’ont fait, elles ont couru, ouiiiiiii couuruuu. C’est fou comme un acte aussi banal nous donne une sensation de délivrance. »

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