Kisangani : 38°C ! Il fait vraiment trop chaud

Tout le monde souffre de la chaleur caniculaire qui sévit à Kisangani ces quatre derniers mois. Particulièrement les bébés et les albinos qui n’ont pas de crèmes pour se protéger. Quant aux cultures, elles n’apprécient guère non plus et la production est en baisse.

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Ces quatre derniers mois, selon les bulletins météorologiques de radio Okapi, la température à Kisangani, au nord-est de la RD Congo, a oscillé de 25 à 38°C. “C’est une première. La ville de Kisangani n’a jamais dépassé 32°C”, explique un météorologue en retraite. Mais pas besoin de connaître les chiffres pour se rendre compte qu’il fait chaud, exceptionnellement chaud. Une canicule qui avait déjà sévi l’an dernier.

Soleil_KisanganiBeaucoup de gens en souffrent. Cette chaleur brûle la peau. “Ces douleurs m’empêchent de mettre une chemise et une chaînette !”, déclare Jolie Amani de la commune Tshopo dont la peau est marquée de petits boutons.

Les bébés sont particulièrement touchés. Couché sur le ventre dans un canapé, ce bébé nu d’environ 3 mois pleure. C’est en vain que sa maman, Rebecca, la porte pour la calmer. “Elle dort difficilement et pleure à chaque instant à cause de cette rougeur que tu vois. J’applique cette pommade prescrite par le médecin mais aucun changement, car il fait terriblement chaud là dedans.”

Ces trois derniers mois, le centre pédiatrique Alabul au quartier des musiciens a enregistré trois fois plus de bébés de 3 à 6 mois déshydratés qu’en 2012. Alphie Kahambu, infirmière en chef de ce centre attribue cette situation à l’augmentation de la température. “Naturellement quand il fait 32°C les nouveau-nés sont à 38°C”. Cela crée des boutons accompagnés d’une forte démangeaison. Ne sachant pas se gratter ils pleurent beaucoup et cela les déshydrate”.

Les albinos sans crème protectrice

Les albinos eux sont les plus affectés car ce soleil intense cause des lésions sur leur peau. Selon les statistiques de l’Association pour la protection de la personne albinos (APRODEPA), “80% d’albinos souffrent de petites plaies sur la peau et la bouche à cause de l’élévation de température”, explique Severin Ndumba, président de cette association.

C’est le cas de ce groupe de femmes emmené par Ruth Kapenda qui s’en est plaint à Ève Bazaiba, une députée nationale : “Cela s’accentue par manque de crème antisolaire que nous appliquons pour protéger notre peau à cette saison”. Des responsables de pharmacies refusent de commander ces produits parce qu’ils ont du mal à les écouler sur le marché local. “Ça ne s’achète pas. J’ai jeté tout un carton périmé de cent pièces l’an dernier”, affirme un pharmacien. Une autre ajoute: “Ces produits coûtent très cher, un pot de 100 mg par exemple se vend à 25 ou 30 $, et la majorité des albinos ou leurs parents sont démunis”.

Étouffant sous les toits en tôle, bon nombre de ménages passent la nuit à la belle étoile, laissant portes et fenêtres ouvertes et… se font voler. ”Nous dormions tous dehors. Vers 2 h du matin, des voleurs sont entrés et ont emporté un lecteur DVD ainsi qu’un poste téléviseur”, raconte Augustin au quartier Walengola, commune Mangobo. Son épouse Henriette enchaîne : “Nous sommes obligés de rester presque toute la nuit devant la maison, il fait très chaud dans la maison. Mes deux enfants ont attrapé de la bourbouille sur le dos à cause de ça”.

Pour lutter contre cette chaleur, Docteur Abisa, dermatologue, conseille aux adultes et aux enfants “de boire beaucoup d’eau et d’éviter une longue exposition au soleil. Ils doivent également porter des vêtements adaptés au climat.”

Les plantes vivrières souffrent

Les plantes ne sont pas épargnées. “Toutes les cultures sont touchées par cette forte température et cela a fait baisser la production ces deux dernières années”, explique Quadratus Muganza, président de l’Union des paysans pour le développement (UPDKIS). “Nous récoltions 800 à 1000 Kg de riz blanc par hectare en 2010 contre 400 à 600 en 2011 et 2012″. Les cultures maraîchères sont particulièrement touchées. ”Toutes les tomates ont flétri sous le coup du soleil. Quel manque à gagner !”, regrette Antoinette Tabu, au milieu de son champ à la Cité canadienne au bord de la rivière Tshopo. Elle a perdu dix plate-bandes de grosses tomates début mars.

Les changements climatiques perceptibles au niveau mondial expliquent en très grande partie cette situation que vivent ces derniers mois de nombreuses régions de la RD Congo. En cause aussi, selon Emmanuel Kasongo, chercheur à l’Université de Kisangani la déforestation accrue “qui diminue la fréquence des pluies, perturbe le calendrier agricole et produit une forte chaleur”. Il exhorte les exploitants forestiers ainsi que la population à planter des arbres. S’ils ne font pas baisser la température générale, au moins ils feront de l’ombre…

Par Maguy Libebele

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