17 mai : À Matadi, des homosexuels sortent de leur clandestinité

Journée mondiale de lutte contre l’homophobie 2013 : Des homosexuels brisent le silence à Matadi, au sud-ouest de Kinshasa. Encouragés par leur association, ils commencent à parler de plus en plus publiquement de leur situation et de leur droit à la différence. Mais, l’évolution des mœurs n’est pas pour demain et la loi ne les reconnaît pas.

Aujourd’hui, ils ont moins honte de parler ouvertement de leurs préférences sexuelles. A Matadi, au sud-ouest de Kinshasa, des homosexuels commencent à s’afficher en public et à parler de leurs droits à la différence. Beni Lualua, 23 ans, intervient dans plusieurs émissions télévisées de Matadi, parlant sans gêne de sa différence en matière de sexualité.

logo-coul-homophobie« Nous sommes marginalisés, voilà pourquoi je lance un appel à tous les gays de venir apprendre un métier dans notre structure. Je suis couturier, modéliste, mannequin. Cela leur permettra de se prendre en charge. A la communauté, inutile de nous trouver drôles, puisque le monde nous reconnaît aujourd’hui », appelle-t-il.

C’est depuis près de deux ans qu’il a pris le courage de s’afficher publiquement, encouragé d’une part par le mouvement des gays qui se passe à travers le monde et d’autre part par MSM (Man who have sex with man), l’association qui les réunit à Matadi. La cinquantaine de membres qui compose cette association s’encourage « à briser la honte et à sortir de la clandestinité. »

La parole se libère

Lors des rencontres et spectacles qu’ils organisent, les homosexuels de Matadi discutent de leurs expériences. « J’ai quitté mes parents pour vivre avec ma tante. Je partais aider sa voisine dans les tâches ménagères. Cette dernière me disait que les hommes déçoivent beaucoup et qu’il était possible pour une femme de vivre ou d’expérimenter le vrai amour avec une autre femme. C’est là que le déclic s’est produit », raconte Orly, 27 ans.

La quarantaine révolue, Bienvenu, pense, lui, que l’homosexualité est innée. « J’avais 16 ans quand j’ai fait l’amour avec un homme pour la première fois. Plus tard, je me suis entêté à me marier, mais j’ai échoué dans mon mariage et retrouvé mon ancienne vie…, raconte-t-il. Certaines personnes ne pratiquent pas l’homosexualité puisqu’elles sont encore inconscientes. Cela fini par se manifester bien après. »

Mais, si la parole se libère, ni la culture, ni les croyances n’autorisent cependant deux personnes de même sexe à s’unir. « En lisant sa parole, Dieu a instauré l’hétérosexualité. Dans le livre de Romain 1, Il fustige le comportement homosexuel quand Il parle des personnes qui agissent à contre nature. C’est scandaleux de bénir un mariage entre deux êtres de même sexe », déclare Armel Maboti, pasteur d’une Eglise de Réveil à Matadi. « On ne verra jamais un bouc s’accoupler avec un autre bouc ! La loi congolaise interdit le mariage de deux personnes du même sexe, d’office l’homosexualité est interdite. Je condamne cette culture importée », abonde dans le même sens Valentin Vangi, président provincial de la société civile.

« Nous sommes des êtres humains normaux ! »

Chef de division provinciale des droits humains, Job Mankoka pense que les homosexuels sont dans l’illégalité. « L’Etat ne fera pas passer une telle loi (mariage pour tous, Ndlr) si d’aventure elle venait à être proposée. Etant congolais, ils ont les droits et je dois les protéger, mais pas en tant que gays », affirme-t-il. Et de poursuivre, l’article 40 de la Constitution stipule que tout individu a le droit de se marier avec la personne de son choix, de sexe opposé, et de fonder une famille ».

Faut-il en déduire que homosexualité est une infraction ? Avocate au barreau de Matadi, Me Chérine Luzaisu précise que « la loi est muette en la matière. Elle n’a pas érigé en infraction le fait d’avoir un penchant vers une personne du même sexe. »

Psychologue, Charles Bromains pense que naturellement, les homosexuels doivent être respectés comme tels. « C’est leur désir profond. Ils extériorisent ce qui existe au plus profond d’eux, que cela entre dans le cadre de la déviation sexuelle ou pas », argumente-t-il. Bienvenu qui n’a pas honte de sa différence, persiste et signe : « L’homosexualité n’est qu’une orientation sexuelle et non de la sorcellerie, encore moins une maladie ou une anomalie. Nous sommes des êtres humains normaux ! »

Par Bénita Sambu

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