Se battre comme des soldats, mourir comme des enfants, réalisé par Patrick Reed,

Le film Se battre comme des soldats, mourir comme des enfants, réalisé par Patrick Reed, a été présenté en avant-première aux rencontres internationales du documentaire de Montréal (RIDM) dans le cadre du cycle Docville. Un film où enfants-soldat et sensationnalisme ne font pas forcement bon ménage.

L’homme est noble, la cause l’est encore plus. Il ne viendrait à l’esprit de personne de remettre en question la lutte que mène que le Lieutenant-Général Roméo Dallaire : lutter contre l’enrôlement et l’utilisation d’enfants soldats.

Se battre comme des soldats, mourir comme des enfantsTraumatisé parce ce qu’il a vécu au Rwanda alors qu’il dirigeait les forces armées de l’ONU lors du génocide de 1994, cet homme a décidé d’investir son énergie du désespoir dans ce dernier combat.

Le réalisateur, Patrick Reed, suit le général Dallaire depuis 2004, année ou il a réalisé «J’ai serré la main du  Diable », un documentaire sur le génocide du Rwanda.

Découvrant alors la force d’impact d’un film sur le grand  public il décide d’abandonner une thèse en études des génocides pour se consacrer à la réalisation.

Son but avoué est donc de toucher une audience non habituée à ce genre de thématique, de «prendre les gens aux tripes, de toucher leur cœur et d’engager leur esprit. »

En 2012, le Lieutenant-Général Roméo Dallaire a redonné sens à sa vie en se consacrant à une cause humanitaire primordiale : la lutte contre l’utilisation d’enfants-soldats dans les conflits. Tourné en République démocratique du Congo, au Sud-Soudan et au Rwanda, le documentaire suit le travail du général auprès des enfants, mais aussi des chefs de groupes armés et illustre le récit terrifiant d’un ancien enfant-soldat par des séquences d’animation saisissantes. Un film indispensable, porté par la personnalité charismatique d’un grand humaniste.

Le documentaire Se battre comme des soldats, mourir comme des soldats est profondément dérangeant. Mais ce qui crée le malaise c’est moins l’horreur de ces guerres infanticides que le ton profondément spectaculaire et, disons-le, paternaliste qui traverse tout le film.

Dès l’introduction le spectateur est prévenu : images de charnier du Rwanda, musiques mélodramatiques, glorieux Casques bleus, et sous-titres chocs. La mise en scène de l’horreur s’annonce comme telle.

Tout semble prévu pour faire sombrer le spectateur dans l’empathie la plus terrible. Défilent ainsi des gros plan sur les visages des témoins, la larme à l’oeil, des chorales vibrantes, et surtout des intercalaires de fiction où sont lus des passages du livre témoignage écrit par Roméo Dallaire, accompagnés d’animations graphiques illustrant le drame à grand renfort de kalachnikov, gros loups et mares de sang.

Il y a encore plus gênant que ce traitement spectaculaire qui, on peut à la limite le comprendre, assurera un écho grand public à ce documentaire.Le vrai malaise réside dans la façon dont nous est montrée l’Afrique. Rien ne nous est épargné : enfants au regard dur jouant avec des machettes, femme portant des empilements de bassines sur sa tête, fillette au mortier devant sa case.

Les victimes du conflit ont la parole uniquement lorsqu’il s’agit de parler de leurs traumatismes, et c’est une parole constamment guidée par des questions grossières : « as-tu souffert? », « Koni [dirigeant de la LRA] est-il le diable en personne? »

Alors qu’on aurait aimé connaître les enjeux de l’enrôlement et des programmes de démobilisations de ces enfants-soldats, on ne nous offre qu’un discours superficiel et empli de clichés.

Le Lieutenant-Général Dallaire dit vouloir arrêter l’utilisation des enfants-soldat. La conclusion du documentaire est qu’il faut, pour cela, arrêter cette guerre qui n’en finit plus.Se battre comme des soldats, mourir comme des enfants2

Pourquoi alors ne jamais s’interroger sur les multiples raisons de cette guerre? Là est le grand absent du film : les lobbys miniers qui se gavent du sous-sol de cette région, pendant que les populations se font massacrer dans un silence international effrayant.

Se battre comme des soldats, mourir comme des enfants est à l’affiche au Québec dès le 7 juin 2013

Se battre comme des soldats, mourir comme des enfants

Réalisé par Patrick Reed. Canada. 2012. Documentaire. Couleur. 83 min.

Présenté en version originale anglaise et française avec sous-titres français

Production : Patrick Reed et Peter Raymont (WHITE PINE PICTURES) I Distribution au Québec : EyeSteelFilm

Pour en savoir plus

  • Des liens sur le conflit au Nord-Kivu et le rôle des industries minières :

http://www.cms.fss.ulaval.ca/recherche/upload/hei/fichiers/nordkivu.pdf

http://echogeo.revues.org/10793

http://www.monde-diplomatique.fr/cartes/kivupoudriere

  • Sur les enfants-soldat :

– Un excellent dossier par Amnesty International

– et des romans : Allah n’est pas obligé (A. Kourouma), Johnny Chien Méchant (Emmanuel Dongala), Sozaboy (Ken Saro Wiwa)

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