Nicolas Repac : « le blues est un voyage intemporel »

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Nicolas Repac, faiseur de son dont le dernier album « swing swing » revisitait l’électro swing, présente son nouvel opus « Black box » -aux sources du blues- au Festival de Jazz de Montréal. Touki Montréal l’a rencontré, curieux d’en savoir plus sur cet album protéiforme.

Nicolas-Repac-Black-BoxVotre nouvel album « black box » est sous-titrée «aux sources du blues». Est-ce un passage obligé pour un musicien de jazz? Comment s’y prendre lorsqu’on «s’attaque» à certains monstres classiques : on entend par exemple la base de Feeling Good de Nina Simonen dans le morceau Cenas de Gaby.

C’est bien la voix de Bonga mais ce n’est pas exactement la base de Nina Simone! Le lien s’est fait de façon non volontaire. Le blues est pour moi un voyage intemporel, dans lequel l’absence de frontière géographique et temporelle permet tout. Rien n’y est impossible.

Et black box c’est un peu tout sauf du blues! Alors non ce n’est pas un passage obligé. Pour moi cela relève plus de l’enfance, d’une musique mère, de laquelle tout découle. Je n’aspire pas à être une légende, seulement à exprimer un sentiment musical de l’ordre de la survivance, la joie, la peine, comme dans le blues.

Cet album s’appelle black box, mais ressemble surtout à une surprise box. Les choses sont là où on ne les attend pas : la voix de Bonga sur Nina Simone, Cheick Lo qui ne chante pas de blues mandingue ou encore une rythmique d’Afrique de l’ouest qui pointe derrière une voix créole et un bottleneck très blues sur Haitibottlenck. Pourquoi cette effervescente constante?

Impossible de [s’enfermer] dans une « case » Il faut créer la surprise, pour le public, mais avant tout pour moi. Je voulais faire une musique humble, une musique qui soit d’aujourd’hui.

Si je manipulais les mots, j’en ferais surgir des associations d’idées, des poèmes, des images. La musique est mon matériel, et chaque oeuvre porte en son soubassement des confluents et affluents d’un même fleuve.

Ici c’est la voix. Tout est construit sur des racines communes : Haïti et l’Afrique, Bonga et sa voix prenante comme celle d’un blues man. Les associations sont libres, mais ont toutes un lien « souterrain ».

À l’écoute des morceaux on semble parfois être face à des boites de gigognes musicales dans les lesquelles les références s’entremêleraient sans fin. Comment vous vous y êtes vous pris pour composer : une récolte de sons préalables ou au contraire un travail progressif?

J’ai mis quatre ans à faire cet album, notamment à cause de problèmes de droits d’auteurs. L’idée du disque c’était de faire une suite à Swing Swing qui en soit différente.

Comme je l’ai déjà dit c’est la voix qui guide Black Box. Ensuite, plusieurs rencontres et faux hasards m’ont fait découvrir tous les acappella qu’on y entend. Je voulais que le spectre musical soit large, au-delà du blues nord-américain. Finalement je m’en fiche qu’un chaman ou une chanteuse serbe aveugle ne fassent pas du blues, ce qui compte surtout c’est l’émotion et la vibration.

Pour en revenir au blues, on entend beaucoup de voix, de mélopée, était-ce important pour vous de remettre la voix au centre? L’expression de la douleur donc?

Utiliser la voix tombe sous le sens. Le blues c’est un mec qui raconte sa vie. Avec son premier instrument de musique : sa voix, et c’est celui qui me touche le plus.

Black Box, noir comme les esclaves qui chantaient le blues, mais pas seulement. On entend aussi un chaman amérindien, une Tzigane. Est-ce parce qu’ils expriment également le déracinement, une oppression identitaire?

Je ne crois pas. Le blues c’est surtout mon idée, eux je ne sais pas ce qu’ils en diraient. Bien sûr on partage la même idée de l’émotion musicale, mais je crois c’est assez arbitraire. C’est ma vision des choses.

Vous savez ce ne sont jamais les musiciens qui mettent des noms sur la musique qu’ils inventent. Cela vient toujours après, par des journalistes, des critiques…

Avant le blues il y avait déjà le blues. C’est un sentiment musical qui persistera toujours, une sorte de mélancolie violente et joyeuse, humaine et éternelle.

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