Burundi Ngozi : aménager la ville aux dépens des agriculteurs

La pluie qui tombe à Ngozi, au Burundi, ne stagne plus dans les rues désormais pavées… elles inondent les champs des agriculteurs des vallées qu’elle domine. Les marais vitaux pour l’alimentation des familles agricoles ne sont plus cultivables. Mais aucune étude préalable n’a été faite pour éviter ces préjudices graves.

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« Aujourd’hui, nous exploitons difficilement notre vallée. Les eaux y sont toujours abondantes et on ne peut pas y planter quelque chose surtout pendant la saison pluvieuse », se plaint Nduwimana Gertrude, rencontrée en train de labourer son champ dans la vallée de Kinyana au pied de la ville de Ngozi au nord du Burundi.

En effet, depuis environ deux ans le centre urbain a des routes bien pavées,bordées de caniveaux efficaces qui envoient les eaux de pluie dans les vallées qu’il surplombe.

Ngozi_FlickrOr rien n’a été prévu dans ces marais pour assurer la bonne circulation de ces eaux. Selon un fonctionnaire de la voirie il n’y a pas eu d’études préalables avant les travaux.

« Même les routes bâties dans cette ville n’ont pas été bien suivies et se détériorent déjà, moins d’un an après leur construction. Est ce que les facteurs d’environnement comme celui de la protection des marais pouvaient être étudiés ? Qu’est ce que vous croyez ? », explique cet homme qui n’a pas voulu que son nom soit cité, craignant d’être accusé de critiquer les projets du gouvernement.Toujours selon lui, le secteur des travaux publics est rongé par la corruption ce qui pousse les agents chargés du suivi à fermer les yeux.

C’est ainsi que ces marais sont devenus difficilement exploitables. Les agriculteurs de la colline de Kanyami ont abandonné certains de leurs champs car, disent-ils, les eaux y sont désormais stagnantes et favorise le développement des jacinthes d’eau très envahissantes et d’autres mauvaises herbes. Jusqu’à présent ces eaux s’infiltraient dans la terre. Aujourd’hui elles sont collectées et descendent en quantités dans les vallées.

Famine et pauvreté

« Nous ne pouvons plus cultiver les marais pendant la saison pluvieuse comme nous le faisions avant que les eaux de la ville viennent avec force. Il faut attendre la saison sèche »,se plaint Emile, un autre agriculteur. Pourtant ces vallées étaient largement cultivées toute l’année. Ils y plantaient pommes de terre, aubergines, piment, légumes… Mais aujourd’hui, ils doivent attendre l’été et ne peuvent cultiver que le haricot qui arrive à maturité en octobre quand les pluies ne sont pas encore abondantes.

Pourtant ces marais jouent un grand rôle dans la nutrition et alimentation des habitants. « Ma propriété de la vallée était mon grenier, mais ce n’est plus les cas, je meurs de faim avec mes enfants », constate Emile. Il ne manquait jamais de pommes de terre dans sa maison, mais depuis deux ans, il n’en trouve qu’au marché… Pontien Minani, lui a déjà perdu plus de la moitié de ses revenus car il investissait dans la vallée de Nkaka : « Je louais des champs dans cette vallée, mais elle est maintenant foutue. Par an, je trouvais au moins 300$, aujourd’hui, je n’ai rien. »

Les petits agriculteurs manquent désormais de légumes de l’été et doivent les acheter. « Mon champ de la vallée me procurait des légumes, aujourd’hui, je dépense plus de 5$ /mois pour en avoir alors que je ne gagne que 30$ par mois. Comprenez donc que j’ai perdu », explique Gabriel, une sentinelle rencontré sur les lieux.

Pendant que les agriculteurs pleurent ; les habitants de la ville saluent ces nouvelles routes. « Avant c’est la ville était comme la vallée pendant la saison pluvieuse et devenait toute couverte de poussière pendant l’été ; mais aujourd’hui c’est excellent », se réjouit Fabien, un jeune garçon, qui jusqu’alors qualifiait de village le centre urbain de Ngozi.

Par Eric Nshemezimana

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