«Ladivine» de Marie NDiaye : quatre femmes impuissantes

«Ladivine» de Marie NDiaye : quatre femmes impuissantes

Mal aimer ses parents tout en répétant les erreurs qu’on leur reproche. À lire Marie Ndiaye, on ne pourrait jamais venir à bout d’une telle «malédiction». Cette froide fatalité familiale habite «Ladivine», le dernier roman de l’écrivaine française d’origine sénégalaise.

Malinka fuit une mère jugée trop faible, effacée, qu’elle surnomme cruellement la «servante». Elle ne réserve plus à cette femme d’origine étrangère (sans doute africaine, bien que l’auteure ne le précise pas) que des visites épisodiques.

Histoire de couper le lien maternel, du moins l’imagine-t-elle, elle décide même de devenir une autre femme, Clarisse, seul patronyme sous lequel la connaîtront son époux et sa fille.

Ladivine-Marie-NdiayeCes derniers la quitteront plus ou moins pour les mêmes raisons. Puis Ladivine, la fille de Clarisse / Malinka, sombrera à son tour, après être devenue incapable de communiquer et d’être heureuse aux côtés de ceux qu’elle aime.

L’homme incarne aussi la défaite

Le fol espoir final, quasi désespéré, de protagonistes perclus de tristesse, n’y change pas grand-chose. Contrairement aux héroïnes symboles d’espoir et d’émancipation de «Trois femmes puissantes», livre qui a valu le prestigieux prix Goncourt en 2009 à l’écrivaine, les principales protagonistes de «Ladivine» demeurent désemparées.

L’homme n’y est guère mieux traité. Absent, dépressif, diabétique, agissant comme une bête, secondaire tout au long du roman, il incarne une autre forme de défaite.

L’écriture forte de Marie NDiaye renforce cette solitude implacable. Ses mots ressemblent parfois à des gifles. La description du rejet de la servante par Malinka prend à la gorge dès les premières pages.

«Je cherche la musique des phrases, l’harmonie souterraine qui se dégage d’un livre d’imagination et qui fait que l’on a l’impression qu’il n’aurait pas pu être écrit autrement», avait expliqué l’auteure à RFI, lors de la sortie de «Ladivine» en France. Ce dixième roman est la preuve qu’elle a atteint son objectif.

 

 

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