Les dramaturgies en dialogue au Théâtre d’Aujourd’hui

Du 23 au 29 août 2013, le Théâtre d’Aujourd’hui accueille la 5e édition des Dramaturgies en dialogue, évènement organisé par le Centre des auteurs dramatiques (CEAD).«Carrefour de partage et de rencontres », les Dramaturgies en dialogue se donnent pour mission d’inciter la production ainsi que la circulation de textes québécois et francophones. Ainsi, cette année sont mises à l’honneur les dramaturgies en provenance d’Afrique de l’Ouest, succédant à celles de la Catalogne, de la France, de l’Argentine et de l’Allemagne.

Les mises en lecture proposées par le CEAD, privilégie la voix et le minimalisme, en explorant les mille possibilités de la lecture, exigeant ainsi des acteurs d’invoquer et d’évoquer dans leur tessiture, leur gestuel et leurs expressions faciales l’univers tout entier des dramaturges. Durant la semaine, trois pièces provenant du Burkina Faso, du Congo et du Togo sont lues au public.

Emile Zeizig (crédit)_CEAD_Dramaturgie_CielAoût

Les larmes du ciel d’août + Et si je les tuais tous Madame ? D’Aristide Tarnagda

Deux voix, deux protagonistes, un carrefour. Le premier personnage est une jeune mère que l’on souhaiterait sauver de la pluie du mois d’août et optionnellement, de la pauvreté.

Le second personnage est son amant, ayant quitté femme et enfant pour chercher de l’argent.

Tandis que la première souhaite rester, l’autre souhaite (re)partir. Tandis que l’une a les deux pieds ancrés dans un présent sans illusions, l’autre se dispute avec les fantômes de son passé (son ami Robert, son père, sa mère).

La mise en lecture d’Aristide Tarnagda aborde les thèmes de la crainte de l’engagement et de sa fatalité, de la fuite des responsabilités, de la complexité d’être pragmatique et de la brutalité du réel.

Cette brutalité, appuyée par une trame sonore interprétée au luth et au djembé, s’affirme dans un coup de feu final surprenant, comme un écho fugitif des souffrances d’attente du couple.

Emile Zeizig (crédit)_CEAD_Dramaturgie_JulienMBAu nom du père et du fils et du J.M Weston de Julien Mabiala Bissila

Deux frères, membres de la SAPE (Société des Ambianceurs et des Personnes Élégantes), se disputent dans le village de leur enfance. Décimé par la guerre, celui-ci n’est plus que décombres : les églises et les bars ne sont plus ce qu’ils étaient et les grandes avenues se sont déplacées.

Cherchant le dernier trésor de leur père, une paire de J.M Weston enfoui dans les gravats, les frères se perdent dans leurs souvenirs, hantés par des voix ancestrales, gravitant autour de leur duo comique.

Mise en lecture à quatre voix, les dialogues de Julien Mabiala Bissila inscrivent en filigrane une volonté de surpasser les conflits politiques passéistes qui ont fait imploser les vies privées, comme en témoigne cette réplique exigeant d’aller de l’avant : « Passé, présent, passé, présent … moi, c’est du futur que je veux! ».

À petites pierres de Gustave Akakpo

Sous l’influence de la pièce Le jeu de l’amour et du hasard de Marivaux, À petites pierres narre l’histoire d’une fiancée cédant aux avances d’un jeune homme revenu de France, s’attirant les foudres de son père et de son ex-futur beau-père.

Emile Zeizig (crédit)_CEAD_Dramaturgie_AkakpoAyant déshonoré sa famille, la fiancée est condamnée à la lapidation. Mais c’est sans compter sur les stratégies imaginatives de sa sœur et du jeune homme qui feront tout leur possible pour empêcher le terriblement jugement.

Entre marivaudage et quiproquos, la pièce de Gustave Akakpo n’hésite pas à faire rire jusqu’aux larmes pour mieux questionner les traditions mortifères et la place de la femme au sein d’une société patriarcale et moralisatrice.

Humour et espoir

Si les pièces diffèrent les unes des autres par leurs procédés et par leurs thèmes, il n’en demeure pas moins qu’elles trouvent dans l’humour un point commun qui les unit, allégeant les propos tranchants. Entre les lignes se dissimule l’espoir, celui que l’on confie aux nouvelles générations qui ont entre leurs mains les rennes de leur pays respectif, aspirant à éloigner peu à peu les spectres et les démons de l’Histoire.

Emile Zeizig (crédit)_CEAD_Dramaturgie_PetitespierresCrédit photo : Emile Zeizig

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