A cinema of discontent par Jamsheed Akrami : le courage contre l’absurdité

Présent lors de la présentation de son documentaire au Festival des films du monde de Montréal, le 31 août, Jamsheed Akrami a qualifié celui-ci de «petit film». S’il a été de toute évidence réalisé avec des moyens restreints, «A Cinema of Discontent» reste néanmoins d’une importance capitale en montrant le chePmin dantesque que doit parcourir tout réalisateur iranien pour faire un film dans son pays.

Les cinéastes qui se succèdent devant sa caméra – parmi lesquels Asghar Farhadi, à qui l’on doit «Une séparation«», oscarisé en 2012 – témoignent des règles absurdes imposées par la censure. Une censure inédite, a expliqué Jamsheed Akrami, puisqu’elle est à la fois politique et religieuse.

Ainsi, à l’écran, les femmes doivent en permanence porter le hijab couvrant leurs cheveux, même dans leur propre maison, chose pourtant permise dans la vie de tous les jours. Il est également hors de question de voir une femme danser ou chanter. Surtout, tout contact physique entre un homme et une femme est prohibé, y compris ceux entre un fils et sa mère ou entre un père et sa fille.

A-cinema-of-discontentAutocensure et prison

Certains des extraits de films témoignant de ces restrictions provoquent un éclat de rire consterné. Qui pourrait s’imaginer une femme porter un voile dans sa salle de bain pendant qu’elle utilise un sèche-cheveux ou un homme mettre un cageot dans son dos pour ne pas toucher la passagère sur sa moto? «Il faut le voir pour le croire», avait, avec raison, prévenu Jamsheed Akrami quelques minutes avant la projection.

Les conséquences, elles, ne prêtent en aucun cas à rire. Il y a le temps perdu à discuter et négocier avec les censeurs qui est autant d’énergie en moins pour la création artistique. Il y a surtout l’autocensure qui s’est emparée des réalisateurs, sans même parfois que ces derniers s’en rendent immédiatement compte.

L’un d’entre eux raconte comment un spectateur, après avoir vu son dessin animé racontant le départ d’un père de famille en quête d’une vie meilleure, lui a fait remarquer que l’homme n’embrassait ni sa femme ni ses enfants avant de les quitter. Un souhait du cinéaste? Non, un oubli terrible montrant l’efficacité des cerbères du régime.

Asghar Farhadi, qui représente pourtant la création iranienne dans ce qu’elle a de plus belle aujourd’hui, résume bien la triste réalité issue de la censure : «Les meilleurs films n’ont pas encore été réalisés».

Les réalisateurs tentent bien de combattre les restrictions, mais les gardiens du régime n’hésitent pas à punir les récalcitrants. Jafar Panahi a été condamné à six ans de prison et frappé d’une interdiction de faire des films pendant 20 ans.

D’autres de ses collègues, tel Babak Payami, dont le film «Silence Between Two Thoughts», a été interdit par les autorités au début des années 2002, ont choisi l’exil. Ils continuent à combattre à distance, de toutes leurs forces, la bête absurde.

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