La Saison de l’ombre de Leonora Miano chez Grasset

Dans son dernier roman, La Saison de l’ombre chez Grasset, l’auteure d’origine camerounaise Leonora Miano revient sur une histoire bien sombre de l’Afrique et du continent noir : la Traite atlantique et surtout, la part de responsabilité des Africains, dans l’une des pages les plus tristes de l’univers.

Dans un coin de l’Afrique, un endroit qui aurait pu devenir le Cameroun, les peuples Bwele, Mulongo et Idesi partagent la terre. Les trois peuples sont en réalité des frères que la convoitise et le mal ont séparés. Les Idesi, ou côtiers vivant sur la côte de l’océan Atlantique sont les pires, tandis que les Mulungo qui habitent assez profondément dans les terres sont les plus gentils. Au milieu de ces peuples, les Bwele.

9782246801139 2_9782246801139Un soir de cette saison sombre, 12 hommes Mulungo disparaissent de la nature. Mères, frère et époux ne savent plus où donner la tête. Le village reste stupéfié par cette disparition. Qui a provoqué ce grand incendie ! Où sont les garçons ? Et surtout que reste-t-il de ce village ?

Incompréhension, abandon, désespoir et recherche du coupable sont les sentiments qui habitent cette contrée.

Ebeise, la matrone du clan mulongo, qui siège au conseil des sages ;  Eyabe (naissance, en langue douala du Cameroun) ; Mukano, le chef du clan mulongo, Mutango, le frère du chef Mukano et Eleke, la guérisseuse du clan sont les principaux personnages de ce roman.

Miano, avec sa plume expérimentée, son héritage familial et aidé par l’enquête La mémoire capture de Lucie-Mamie Noor Nkake(mère de Sandra Nkake), réussit ici indéniablement un pari risqué et osé.

À propos des «hommes aux pieds de poule ».

«Cette appellation est une adaptation poétique du mot « mukala », terme de la langue douala du Cameroun encore en usage, lorsqu’il s’agit de désigner les Européens. Ce mot, abusivement traduit par « Blanc », signifie, en réalité, « patte d’oiseau ».»

Leonoramiano.com

Que reste-t-il aux Africains de la période avant la Traite négrière? La saison de l’ombre, est même peut-être le premier pas d’un véritable chemin sur la participation des Africains aux massacres des Africains.

En même temps, l’auteure souligne avec justesse l’absence de ce choix qui se présentait aux ancêtres. Fallait-il dire oui d’emblée aux hommes aux pieds de poules (les Négriers blancs) comme l’on fait beaucoup de peuples côtiers ? Ou fallait-il dire non et se faire massacrer aux fusils et autres armes modernes de «l’occident» ?

Poser la question, c’est un peu y répondre. Pour Miano, peu importe la réponse, c’est le sort de ceux qui sont restés et le devoir de mémoire qui importe. La douleur de celles qui ne pourront pas faire le deuil de leurs maris, pères ou fils. Pour d’autres, c’est la peine de ne pas avoir pu être choisi à la place de l’autre.

En définitive, la saison de l’ombre devrait tenir une place de choix dans chacune des bibliothèques de ce monde, car, tout peuple a une part même minime de responsabilité dans les malheurs qui lui arrivent…

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