La Rose dans le bus jaune d’Eugène Ébodé

L’écrivain camerounais Eugène Ébodé revient dans son dernier roman, La Rose dans le bus jaune, sur la vie et les actions de Rosa Parks. Cette couturière du vieux-sud qui, un jour, décida de ne pas laisser sa place à un blanc dans le bus, déclenchant alors une immense vague de protestation, est considérée comme le point de départ de la lutte pour les droits civiques aux États-Unis.

Rose-dans-le-bus-jauneCe roman, qu’Eugène Ébodé qualifie lui-même de « biofiction » se garde bien de trop coller à la réalité.

L’écrivain y retrace la vie de son héroïne en mêlant informations historiques d’une grande précision et anecdotes romancées. C’est ainsi qu’apparaissent des personnages totalement fabriqués ou, au contraire, puisés dans l’histoire des droits civiques.

Au côté de Rosa évolue notamment un jeune pasteur, Martin Luther King, qui sera amené tout au long du roman à déployer son aura de leader politique et spirituel.

Ébodé a également choisi de mettre en lumière l’autre homme à l’origine de cette lutte : le blanc à qui Rosa Parks refusa de laisser sa place. Le récit imaginaire de l’identité de ce jeune homme semble vouloir nous dire que rien n’est jamais comme il paraît, mais les accents vraiment trop consensuels de

l’auteur à ce sujet ont vite fait d’opérer l’effet inverse. On ne sait que penser de ce Douglas White qui mange des bonbons à longueur de pages pendant que d’autres battent le pavé.

Cette biofiction peine à trouver un équilibre et c’est cette structure particulière qu’on pourrait reprocher au roman. Les aller-retour constants entre le romanesque et la description historique se font, en effet, beaucoup sentir et pèsent sur la dynamique de l’intrigue. Certains passages un peu lourds nous éloignent des émotions fortes pourtant propres au sujet.

Les qualités pédagogiques de cet ouvrage sont néanmoins indéniables : on en apprend beaucoup sur les 381 jours de boycottage de la compagnie des bus de Montgomery (Alabama), la violence du Klux Klux Klan et les humiliations quotidiennes que devaient braver les populations noires du Sud.

Eugène Ébodé signe un portrait inégal, mais toujours juste de la grande Rosa Parks. Il ne fait aucun doute que ce sont ses idées qui tirent leur épingle du jeu, le roman faisant revivre la voix de ceux qui, avec force et intelligence ont réclamé une égalité pour laquelle il est toujours bon de se battre.

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