Congo : publier des photos sur Internet pour « punir » sa copine

Des hommes sont prêts à tout au Bas-Congo pour « punir » une copine qui les a quittée ou qu’ils soupçonnent de les tromper. Certains vont jusqu’à publier sur les réseaux sociaux des photos d’elles nues ou en plein ébat amoureux. Des victimes n’hésitent pas à porter plainte contre les auteurs qui risquent d’être lourdement condamnés.

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Les internautes ont commenté dans tous les sens pendant deux semaines la photo nue d’une jeune fille connue de Matadi publiée sur la toile par son concubin.

Ce dernier a réussi en effet à créer un compte facebook au nom de son amante sans qu’elle le sache et a mis en ligne une image d’elle prise à l’aide d’un téléphone pendant leurs ébats amoureux.

« Il l’a fait pour la punir parce qu’elle aurait entretenu une relation avec quelqu’un d’autre », affirme un proche du couple. Après avoir découvert que c’est son amant qui est l’auteur du stratagème, la jeune fille a porté plainte et l’homme est détenu depuis deux mois à la prison de Matadi où il attend son procès. « Je me sens blessée. Même si une femme a été infidèle, elle ne mérite pas ça. Combien d’hommes ne l’ont jamais été ?, se demande Annie Mbadu du réseau femme et développement. Il a déshonoré et chosifié toutes les femmes ».

Internet_Congo

Mi-novembre, réunies à la Maison de la femme à Matadi sur les violences dont elles sont victimes, les femmes du Bas-Congo ont unanimement condamné ce qu’elles qualifient de « cybercriminalité ». « Poster une photo nue même par vengeance sur Internet est une infraction et un signe de faiblesse. Aucune femme ne mérite d’être rabaissée à ce point par un homme. La loi doit être sévèrement appliquée », plaide l’une d’elles.

Selon Me Cherine Luzaisu, présidente de l’Association des femmes juristes du Congo (AFEJUCO), une quarantaine d’infractions peuvent être déduites de cet acte et leur auteur encourent jusqu’à cinq ans de prison voire plus. On peut le qualifier d’attentat à la pudeur, atteinte à la vie privée, à la dignité de la personne, etc., infractions que sanctionne le Code pénal congolais.

Prudence

Le cas de cette jeune fille n’est pas isolé à Matadi. Plusieurs autres filles témoignent avoir subi le même sort. A la faveur des NTIC (nouvelles technologies de l’information et de la communication), des amoureux aiment à immortaliser les séquences de leurs ébats dans leurs téléphones portables et tablettes… Mais lorsque les relations arrivent à se gâter, certains n’hésitent pas à les poster sur Internet où à partager les fichiers à d’autres personnes. Ils profitent surtout du boom des réseaux sociaux pour saper la dignité de leur ancienne partenaire.

« C’est une façon de les corriger. Elles doivent apprendre à être sérieuse », soutient un jeune. « C’est lâche. C’est une violence faite à la femme, cela fait très mal. Il ne faut pas se taire, il faut porter plainte contre ces gens », encourage Didienne Bunga, chef de division du Genre, enfant et famille. Pour la présidente d’AFEJUCO « la loi doit être appliquée car ce comportement des hommes est un attentat à la pudeur, à la vie privée et à la dignité humaine ».

Cependant, les femmes invitent surtout les jeunes filles à la vigilance. « Eviter d’être prise en photo par les hommes lorsque vous êtes en intimité parce que vous ne savez pas quand est-ce que cette relation va se gâter. Après l’amour vient la haine », prévient Mbadu. « Pendant que la jeune fille n’est pas encore mariée, elle doit garder les valeurs culturelles et morales », conseille une dame.

Par Paul Durand

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