RD Congo : détournement massif des fonds internationaux par leurs agents

Des agents locaux d’associations ou organismes internationaux sont devenus, en RD Congo, champions dans l’art de détourner les fonds de ces institutions à leur propre profit. Un système bien au point qui enrichit ces fraudeurs, démoralise les Ong sérieuses et rend amers les bénéficiaires des projets. Exemples à Mbandaka.

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Qui connaît encore le CRJM (Corporation de récupération de jeunes filles-mères) à Mbandaka au nord-ouest de la RD Congo ? Plus personne car cette ong locale qui s’est créée en toute hâte fin 2011, installant des bureaux et recrutant rapidement vaccinateurs et enquêteurs, a disparu sitôt le projet terminé.

OMS-PhotoSelon un des enquêteurs, l’Ong appartenait à un cadre congolais de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS).

« Tout était planifié et dirigé en coulisses par le boss. Bien avant la soumission, notre structure était d’emblée mise au parfum des critères de sélection et donc, on était d’ores et déjà rassuré de remporter le marché… », confie-t-il.

CRJM avait ainsi raflé le marché du Monitoring sur la vaccination, la sensibilisation sur les maladies des mains sales et le VIH/Sida et la surveillance épidémiologique, financé… par l’OMS.

De l’avis de Jean-Louis Mawete qui est, depuis plusieurs décennies, dans le sillage des Ong et Organismes internationaux, des fonctionnaires nationaux de ces institutions sont souvent au centre d’une mafia qui ne dit pas son nom.

« Connaissant la hauteur des financements et les rouages de l’octroi des marchés, ils n’hésitent pas à créer, par personnes interposées, leurs propres petites Ong locales ou des structures de sous-traitance et s’arrangent pour que leurs projets soient retenus. Celles-ci deviennent, à la fin du compte, des partenaires privilégiés de ces organismes… », raconte-t-il. A Mbandaka, comme un peu partout en RD Congo, des Ong naissent ainsi spontanément et s’évanouissent dans la nature aussitôt que les projets arrivent à terme.

Tentaculaires…

Que ce soit dans le domaine de la santé, de l’assistance humanitaire, de la réhabilitation des infrastructures ou autre, la main noire de ces fonctionnaires locaux est omniprésente et la passation des marchés est opaque. Ils tendent de véritables toiles d’araignée qui leur permettent de contrôler pratiquement toutes les opérations, de l’appel d’offres jusqu’à l’exécution des projets. Ce qui leur permet d’une manière ou d’une autre, d’avoir une bonne part du gâteau.

Dans certains projets d’aide humanitaire par exemple, le transport des vivres jusqu’aux différentes destinations est exclusivement assuré par le charroi automobile dont le propriétaire n’est autre qu’un « enfant de la maison ».

Dans le domaine de la réhabilitation des infrastructures, il n’est pas rare que le logisticien ou quelqu’un de l’organisme s’adjuge le monopole de l’approvisionnement en matériaux de construction par le truchement de sa petite entreprise, comme en témoigne Marcel, ouvrier dans l’une d’elles. « C’est l’équipe des scieurs du logisticien œuvrant à l’intérieur qui nous fournit du bois… », renseigne-t-il. D’après Jean-Louis M., même la création des « écoles maternelles » est motivée par l’appât du gain : « Derrière ces écoles se profile, de la part des promoteurs, l’idée de tirer des dividendes sur l’appui en vivres et fournitures qu’elles reçoivent de la part de certaines agences du système des Nations Unies ».

D’autres demandent un pourcentage du financement accordé, en particulier par des agences des Nations Unies, pour faire passer le projet d’un opérateur et rédiger des rapports, souvent truqués, mais incontestables. Ceux qui ne veulent pas rentrer dans ce système n’ont pas accès à ces fonds et, écoeurés finissent d’ailleurs par ne plus essayer d’en demander.
Certains agents eux récupèrent sous le nom d’une Ong qui est leur est proche les bons projets présentés par d’autres. La situation est la même dans tout le pays engendrant une profonde méfiance des citoyens vis-à-vis des Ong.

Self service

C’est le cas de nombreux Mbandakais pour qui, l’action des Ong et des organismes internationaux est sapée par l’avidité des fonctionnaires. Les fonds alloués aux communautés locales sont ponctionnés à toutes les étapes et très peu seulement parviennent aux vrais bénéficiaires : « Le train de vie que mène certains fonctionnaires de ces structures prouve à suffisance qu’ils se servent eux-mêmes au détriment des vrais destinataires que sont les nécessiteux et les communautés locales… », se disent-ils. Rien d’étonnant aussi que dans plusieurs coins de la province, les habitants se plaignent que les projets ne sont exécutés qu’à moitié.

Par Mathieu Mokolo

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