RDC : féroce traque des “Kuluna” à Kinshasa

La police de Kinshasa a lancé le 15 novembre l’opération “coup de poing” pour neutraliser les Kuluna, des voyous qui terrorisent les habitants. Mais, selon ces derniers, dans les quartiers, certains sont sommairement exécutés au lieu d’être déférés devant la justice juge. Les Ong de défense des droits humains s’inquiètent.

Syfia International

Sale temps pour les “Kuluna”, ces hordes de bandits qui écument la capitale congolaise Kinshasa. La police a lancé depuis le 15 novembre une opération coup de poing, “Likofi” en lingala, pour mettre fin aux exactions de ces marginaux, des jeunes pour la plupart, responsables de meurtres, d’agressions et de vols dans la capitale congolaise.

Ces voyous redessinaient, à coup d’armes blanches, dans nombre de quartiers de la capitale, des zones de non droit. Au fil de temps, de pans entiers de Kinshasa tombaient sous le joug des Kuluna. Sous l’emprise de drogue ou d’alcool, ils extorquent avec une violence inouïe, des téléphones portables, sacs, bijoux, argent. La moindre résistance vaut à la victime des coups de machettes. Plusieurs familles ont ainsi été endeuillées par ces escouades de bandits longtemps impunis.

Mais depuis deux semaines, chaque soir désormais, les policiers vêtus de noir font des patrouilles à bord de jeeps bleu foncé. On ne voit dépasser que leurs têtes cagoulées et leurs armes. Phares allumés, ils se déplacent en cortège. Dans les quartiers, ils arrivent dans les familles de ces jeunes sur dénonciation des commissariats qui ont des fichiers sur chacun d’eux ou des familles victimes de leur barbarie. Ils demandent à voir tel ou tel… Ils le font sortir et parfois lui demandent de dire au revoir à sa famille. Et au coin de la rue, au petit matin, les gens découvrent parfois des cadavres de ces Kulunas criblés de balles. Des scènes de ce genre, les Kinois en racontent tous les jours, en parlant entre eux dans les transports en commun.

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Une opération musclée applaudie et décriée

Pourtant le colonel Pierrot-Rombaut Mwanamputu reste formel : l’opération “Likofi” consiste à arrêter les hordes d’inciviques et à les déférer devant la justice.

“La loi fondamentale nous a donné comme mission de sécuriser la population mais nous n’avons pas reçu la mission de porter atteinte à la vie des personnes qui est sacrée”, a-t-il expliqué le 26 novembre à Radio Okapi. Il met au défi ceux qui accusent la police de tuer ces malfrats sans attendre la procédure judiciaire d’en apporter la preuve.

Les associations de droits de l’homme s’insurgent pourtant contre les exécutions sommaires de ces présumés bandits. L’Association africaine de défense des Droits de l’homme (Asadho) et le Réseau national des Ong des Droits de l’homme de la RD Congo (Renadhoc) demandent à la police de cesser.

“Le fait que le gouvernement ait pris la décision de mettre fin à ce phénomène qui a endeuillé beaucoup de familles, c’est une bonne initiative. Je suis d’avis que les populations particulièrement de Kinshasa qui sont contentes de cette action du gouvernement ont tout à fait raison compte tenu des abus commis par ces jeunes gens”, a déclaré le président de l’Asadho, Jean-Claude Katende. Mais, a-t-il ajouté, “l’Etat ne peut pas supprimer la vie d’un citoyen en violation des formes qui sont prescrites par notre constitution”.

Pour sa part, le directeur exécutif du Renadhoc, Fernandes Murhola, a expliqué que l’Etat avait l’obligation de garantir la sécurité de toute la population congolaise : “Ce qui est inacceptable, ce sont les exécutions sommaires et extrajudiciaires qui ont accompagné et continuent d’accompagner cette opération qu’on appelle Likofi. La vie est sacrée”.

Mettre en place une politique d’encadrement de la jeunesse

Ce “coup de poing” de la police contre ces “voyous” est cependant applaudi de deux mains par tous les Kinois. “Aux grands maux, de grands remèdes” ; “On ne fait pas d’omelettes sans casser les œufs” ; “Qui tue par l’épée périt par l’épée”. Les gens en sont venus à multiplier à l’infini dictons, sagesses populaires ou des passages bibliques pour expliquer la répression contre les Kuluna, cette pègre tentaculaire qui défiait l’autorité de l’Etat. Le commandant de l’opération, le général Célestin Kanyama, ne s’est pas fait prier pour qualifier leurs actes de “rébellion” au même titre que le M23, la rébellion de l’Est défaite militairement par les forces loyalistes le 5 novembre.

Mais le tout répressif n’est pas une solution à long terme. Ce qu’il faut, “c’est mettre en place une politique volontariste d’encadrement de la jeunesse sur fond de création d’emplois”, analyse Mpoy V12, ancien enfant de la rue reconverti en encadreur de jeunes. Car dans les rangs des “kuluna” décriés se trouvent, en effet, tous ces jeunes désœuvrés qui n’ont que la rue comme perspective d’avenir.

L’opération de la police a semé la psychose parmi eux. Ceux qui ont réussi à échapper jusque là à la traque de la police vont voir les coiffeurs pour changer de look, vont se faire enlever les tatouages, remontent leurs jeans… Plus propres, ils ne montrent plus le même visage. La capitale retrouve petit à petit sa quiétude. On ne se promène plus dans les rues la peur au ventre.

Par Didier Kebongo

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