Les proies : dans le harem de Kadhafi d’Annick Cojean

Dans son ouvrage choc Les proies :dans le harem de Kadhafi, Annick Cojean, grand reporter pour le quotidien français Le Monde, a recueilli les témoignages bouleversants de plusieurs Libyennes ayant été les esclaves sexuelles de Mouammar Kadhafi.

Soraya, Lybia, Khadija, Leila et tant d’autres ont vécu l’enfer dans le complexe de Bab al-Azizia, un lieu sordide où Kadhafi s’adonnait à toutes sortes de perversions sur des jeunes filles et des jeunes hommes. Dans son livre, l’auteure démontre que Kadhafi n’était pas seulement un tyran. Il était également un prédateur accro au sexe.

les-proies-dans-le-harem-de-khadafi-annick-cojean«”Ne bouge pas sale putain!” Il m’a donné des coups, m’a écrasé les seins, et puis ayant relevé ma robe, et immobilisé mes bras, il m’a violemment pénétrée. Je n’oublierai jamais. Il profanait mon corps mais c’est mon âme qu’il a transpercée d’un coup de poignard. La lame n’est jamais ressortie.»

Voilà comment débute l’enfer de Soraya, jeune libyenne qui a été torturée, séquestrée et violée par Mouammar Kadhafi pendant plusieurs années.

C’est en avril 2004, l’année de ses quinze ans, que «le Guide» décide de faire une visite dans son école dans la ville de Syrte. Une visite mémorable pour la plupart des élèves et du personnel de l’établissement.

La jeune fille faisait partie d’un petit nombre de privilégiées choisies pour remettre des fleurs et des cadeaux à Kadhafi.

«Ça s’est passé très vite. J’ai tendu le bouquet puis j’ai pris sa main libre dans les miennes et l’ai embrassée en me courbant. J’ai senti alors qu’il comprimait étrangement ma paume. Puis il m’a jaugée, de haut en bas, d’un regard froid. Il a pressé mon épaule, posé une main sur ma tête en me caressant les cheveux. Et ce fut la fin de ma vie. Car ce geste, je l’ai appris plus tard, était un signe à l’adresse de ses gardes du corps signifiant : “Celle-là, je la veux!”»

Ce récit cru et brutal de Soraya ouvre le livre. Très détaillé, ce témoignage courageux frôle souvent l’insoutenable : les scènes de viol donnent froid dans le dos et montrent un Kadhafi prêt à tout pour assouvir ses pulsions.

La vie de cette Libyenne est totalement brisée. Elles seraient des centaines, voire plus, à avoir été abusées par le dictateur libyen.

La honte ou la mort

Le lecteur assiste, impuissant, à la déchéance de ces jeunes femmes à qui on a volé l’innocence et la jeunesse. Des victimes devenues fautives de leur malchance.

Audacieuse, l’enquête d’Annick Cojean lève le voile sur l’un des pires tabous de la société libyenne : le viol.

Dans ce pays, comme dans d’autres, le poids des traditions est énorme. Une femme violée est une «honte» pour sa famille. De plus, les hommes qui n’ont pas réussi à «protéger» leurs filles ou leurs soeurs du déshonneur sont considérés comme des «sous-hommes». Soit ces derniers choisissent de vivre dans la honte et d’être la risée de tous, soit ils décident de tuer la fille «souillée» de leurs propres mains pour laver l’honneur de la famille.

Dans son livre, le lecteur apprend que même après la chute du dictateur en octobre 2011, les victimes de Kadhafi n’ont pas réussi pas à trouver leur place dans la société. Soraya, par exemple, est considérée comme une fille de mauvaise vie par ses proches.

L’ouvrage ne laissera certainement pas indifférent. Bien que par moment cru et dérangeant, Les proies : dans le harem de Kadhafi d’Annick Cojean est assurément nécessaire.

Par John Nais

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