Rwanda : la seconde vie des sachets en plastique

Recycler les emballages en plastique jusqu’alors jetés dans les rues pour fabriquer des produits revendus localement, c’est ce que font de petites usines au Rwanda. Des opérations qui limitent la pollution et donnent du travail à de nombreux ramasseurs, laveurs de sachets, ouvriers…

Dans la cour de l’usine Ecoplastic installée à Mageragere à Kigali, des sachets sont accrochés sur des cordes comme des vêtements mis à sécher après avoir été lavés, par un groupe d’hommes et de femmes: « Ils sont ramassés ici et là. Les gens les apportent, nous les achetons et procédons ensuite à leur transformation en d’autres produits », explique Wenceslas Habamungu d’Ecoplastic.

Depuis 2011, au Rwanda, de petites usines locales collectent et recyclent ainsi les objets en plastique. Selon Rose Mukankomeje, directrice générale de l’Office rwandais de la protection de l’environnement (REMA), « c’est pour continuer à éviter l’usage et la dispersion des déchets en plastique dans la nature afin de mieux protéger notre environnement ».

sachets en plastiqueDéjà, en 2008, la loi rwandaise avait interdit l’importation, l’utilisation et la vente de sacs en polyéthylène considérés comme polluants. Les seuls sacs autorisés sont ceux en plastique réutilisable. « Mesdames et messieurs nous vous annonçons que les plastiques non biodégradables ne sont plus autorisés au Rwanda c’est pourquoi ils seront confisqués à l’aéroport », rappelle les hôtesses de l’air aux passagers avant d’atterrir à l’aéroport international de Kigali.

Partout, on pourchasse les sachets : non seulement à l’aéroport et à la douane, mais aussi en débarquant à l’improviste dans les magasins et boutiques des campagnes retirées où certains, se croyant loin de l’œil autoritaire, vendent clandestinement des sachets. « L’ordre doit être appliqué sur tout le territoire national et pas seulement en ville », a expliqué un officiel de la police lors d’une opération de chasse aux sacs en plastique l’année passée. « Comme on saisit ailleurs la drogue, ici on saisit les sachets », souligne un douanier de la frontière Gatuna entre le Rwanda et l’Ouganda.

Nettoyage et recyclage

Reste des emballages incontournables tels les bouteilles d’eau ou certains conditionnements médicaux… : « Nous avons signé des partenariats avec certains hôpitaux pour récupérer les bouteilles de sérum physiologique, les emballages des moustiquaires, de médicaments… que nous transformons ici et vendons aux bénéficiaires locaux », explique Gilbert Ndagijimana, le directeur de Soimex Plastic, une usine installée à Remera, toujours à Kigali.

D’autres produits en plastique viennent des agents de sécurité qui les confisquent ici et là. Des jeunes trient aussi les sacs et autres déchets dans la poubelle publique de Nduba à la périphérie de Kigali et les vendent à ces usines.

Tous ces emballages permettent de fabriquer des sacs-poubelle, des tentes, des bâches, des sacs à autoclave pour la culture des champignons, des emballages pour le pain… Les clients qui viennent les acheter sont nombreux.

Leur prix n’est pourtant pas plus intéressant que celui des produits importés, mais, comme l’affirment certains clients, « valoriser le travail des usines locales fait aussi leur fierté. » Cependant certaines usines indiennes fabriquent des sachets à l’apparence de papier, peu cher, qui concurrencent ceux vendus par des usines locales, comme l’a démontré à un journaliste d’Élément terre de REMA, Samson Twiringire.

La transformation de ces déchets incite aussi les habitants à trier les déchets entre ceux qui pourrissent et ceux qui ne pourrissent pas pour faciliter le travail des ramasseurs et éviter de polluer leur environnement. Une politique qui connaît un succès certain. « Aujourd’hui, jeter les sachets et les déchets en plastique dans la nature, c’est une honte pour chaque foyer, se félicite fièrement Nyiramutijima Epiphanie, habitant Nyarugunga dans la capitale. Il faut les mettre dans les sacs pour qu’ils soient évacués par les agents des sociétés de nettoyage ».

Par Sothène Musonera

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