Cinq questions à Venant Mboua, auteur de « La république du sissongho »

En marge de la sortie de son roman «La république du sissongho», aux éditions Société des écrivains, le Camerounais Venant Mboua  a accordé une entrevue à Touki Montréal. Il revient sur les réalités d’un continent à l’agonie, sur ce qu’il appelle «l’État comptoir colonial». Dans tous les cas, il estime que l’Afrique a besoin« de transitions systémiques, générationnelles et historiques».

Quand avez-vous eu l’idée de votre livre «La république du sissongho» ?

J’ai commencé la rédaction du livre en 2008, le Cameroun venait alors de vivre les émeutes de février, qui ont failli faire tomber le gouvernement. Je me suis amusé à imaginer la fin d’un régime dans ces conditions.

J’ai terminé la rédaction en 2010, mais j’avais abandonné le manuscrit dans mon ordinateur et c’est mon jeune frère et ami, Zagor Essouma, qui le découvre, le lit, en 2011 et commence à me harceler de le publier.

Si l’ouvrage traite résolument des maux de l’Afrique, le ton et l’humour sont définitivement camerounais. À votre avis quelle est la recette pour tourner la page à ce genre de république?

couv La République du sissongho 10mm corr MS.inddLa question qu’on me pose souvent est : «c’est où, la République du sissongho?»

Ma réponse est la suivante : «ce sont toutes les Républiques où l’État est vicié et pris en otage par des clans et des coteries, des groupes du crime organisé, etc. qui réduisent le citoyen à l’état de mendiant de ses droits dans son propre pays».

«Je suis comédien avant tout. Et depuis ma jeunesse, j’ai été formé à dénoncer dans le rire. J’ai voulu dénoncer une situation grave, suffisamment grave qu’elle ne m’autorisait plus à être sérieux. Comme on le dit dès l’introduction, «je ris pour ne pas pleurer»»

Si vous regardez bien cette indication, vous identifierez la majorité des pays africains francophones. Le Cameroun, mon pays d’origine, fait évidemment partie de ces pays. Cependant, la vie de nombreux pays africains m’a inspiré et à certains moments, je me rends compte que des pans de mon récit ont été copiés par les faits vécus par certains pays entre 2011 et 2012.

Le ton et l’humour sont camerounais parce que je baigne dans cette culture urbaine camerounaise dont le parler et les techniques narratives me fascinent. Peut-être qu’en riant beaucoup par nos mots, nous pouvons comprendre les dangers qui nous guettent.

COMMENT TOURNER LA PAGE ?

Pour tourner la page de cette histoire sombre de nos pays francophones d’Afrique, il faut, au plan politique, mettre en place des transitions (pas folkloriques comme celle que nous connaissons en ce moment en Centrafrique).

Il nous faut en Afrique, des transitions systémiques, générationnelles et historiques. Il faut passer de l’État comptoir colonial, à l’État souverain, gouverné par des élus et non de cooptés, qui auront à cœur de répondre devant leurs populations et non-devant des forces extérieures aux intérêts du pays.

Courtoisie : Facebook
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Quelle est la part de fiction et de la réalité dans votre propos?

(Rire). C’est une fiction basée sur des réalités africaines. Ce roman est un compte rendu. Pour moi, c’est beaucoup plus un article de presse qu’une pièce de théâtre que vous, vous voyez. Il y a un « chapeau » et une « chute ».

À l’intérieur, deux narrateurs étalent des choses vues, faites et entendues. Des Congolais m’ont dit que je parlais de leur pays, les Centrafricains aussi, etc.

Quant aux Camerounais, ils sont nombreux, qui m’écrivent, ou m’appellent pour me dire le choc qu’ils ont reçu en découvrant la fin de l’histoire. Certains m’avouent avoir eu vraiment peur ou commencent maintenant à avoir peur des lendemains de la fin du régime de M. Paul Biya. Mais je ne suis pas dans la réalité, je le répète…

À quel lecteur destinez-vous votre ouvrage? les Africains sur le continent? les Africains de la Dispora? ou les Non-Africains?

Pour moi, c’est un message à tous. On sait par exemple le rôle que jouent les pays occidentaux dans la gouvernance africaine.

De même, les membres des diasporas africaines, qui, parfois, regardent les événements dans leurs pays comme des étrangers doivent se poser des questions : vais-je rentrer un jour en Afrique? Si oui, dans quelle Afrique je veux aller vivre? Et qu’est-ce que je peux faire pour y trouver la sécurité que je vis ici?

À mon avis, quand on se pose ces questions, on se sent obligé de s’engager pour les changements dans son pays et sur le continent.

Les diasporas africaines du Canada par exemple, se font plus voir dans des événements mondains et sans consistance que dans ceux qui organisent la réflexion et l’action pour nos pays. Nos compatriotes sur le continent mènent déjà des combats quotidiens pour la survie et contre les répressions diverses qu’il leur est difficile, seuls, de provoquer les changements.

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