RDC : le départ de la Monusco vécu comme une catastrophe

Début avril devrait commencer la délocalisation de la Monusco de Mbandaka, chef-lieu de l’Equateur (Nord-ouest de la RD Congo) vers l’Est du pays. Le départ de la mission onusienne considérée comme la poule aux œufs d’or, inquiète les Mbandakais qui ne s’y sont guère préparés.

Syfia International

La Mission de l’organisation des Nations unies pour la stabilisation de la RD Congo (Monusco) s’apprête à délocaliser son personnel de Mbandaka, chef-lieu de l’Equateur, pour l’Est du pays où des problèmes d’insécurité persistent.

Enfant-Femmes-Congo-Monusco2Nous avons reçu des courriels où il est dit qu’à partir de la fin du mois de mars, la hiérarchie va commencer à notifier certains membres du staff, car seule devra rester sur place une toute petite équipe… », affirme avec une crainte perceptible dans sa voix un habitant de Mbandaka travaillant à la Monusco. La décision de la délocalisation avait été prise il y a deux ans (le 13 février 2012) par le Conseil de sécurité des Nations unies. Depuis, les habitants de Mbandaka paniquent presque tous à l’idée de voir partir la Monusco, considérée comme « la poule aux œufs d’or ». Leur train de vie en dépend. Peut-être un peu trop.

Mission à tout faire

Lors du déploiement de la Monusco à Mbandaka, en 2002, la province de l’Equateur était coupée en deux, entre l’ex-gouvernement et le MLC de Jean-Pierre Bemba Gombo qui occupaient chacun une portion du territoire.

Les cinq années de guerres successives et de conflits armés (de 1997 à 2002) avaient rompu cet axe de ravitaillement, exacerbant la pauvreté des habitants en entrainant des conséquences dramatiques sur le plan social, économique et politique. La présence permanente de la Monusco sur les lieux a contribué fortement à améliorer la situation socio-économique des habitants de Mbandaka car c’est elle qui fait vivre la ville.

Comme ailleurs, la mission onusienne compte parmi les structures dont les employés locaux sont les mieux payés, la masse salariale favorise la circulation monétaire, son charroi automobile contribue à l’animation de la circulation routière au chef-lieu de l’Equateur.

Ses interventions ponctuelles (facilité de transport pour les officiels et les Ong, assistance des personnes en détresse, appui financier à certaines structures locales, etc.) font d’elle cette petite « poule aux œufs d’or » que beaucoup ne voudraient pas voir partir si tôt. Sans se rendre compte toujours qu’il s’agit d’une économie « factice » qui ne prend pas racine localement.

« Nous savons que la Monusco est là pour nous accompagner, au moment où nous en avons besoin particulièrement à cause du conflit en Centrafrique e de l’afflux de réfugiés qui se trouvent au nord de l’Equateur, voilà que nos amis qui nous aident par leur logistique devront partir ! Nous ne pouvons pas être heureux… », déclare Sébastien Impeto, vice-gouverneur et gouverneur intérimaire de l’Equateur.

Affronter l’après-Monusco

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Pour lui comme pour la plupart des habitants, la décision du Conseil de sécurité des Nations unies suscite beaucoup d’inquiétudes qui estiment que le départ de la Monusco va entrainer à coup sûr la perte d’emplois rémunérateurs et le ralentissement des affaires. Hommes politiques, acteurs de la société civile, opérateurs économiques, Ong locales etc. sont tous désemparés par ce départ. Les politiques regrettent la rupture de l’appui logistique d’un partenaire si important.

Les Ong et autres associations locales digèrent mal le fait de se voir bientôt sevrées de leur principal appui financier, tandis que les opérateurs économiques : hôteliers, tenanciers de débits de boisson, propriétaires des maisons à louer, cambistes etc., redoutent un manque à gagner lié au départ « d’un partenaire et des clients aisés et sûrs ».

Tous ne font pas que pleurnicher sur leur futur sort. Les plus lucides réfléchissent déjà à la manière de surmonter cette étape. Madame Mboyo, bailleresse d’une maison occupée par un fonctionnaire onusien s’accommode malgré elle, à la nouvelle donne : « Je serai obligée de rabattre un tout petit peu le loyer », prévoit-elle avec amertume. Le vice-gouverneur Impeto soutient que le gouvernement devra se prendre progressivement en charge. « L’Etat s’est résolument engagé dans l’éradication de la gabegie financière en vue de lui permettre de disposer des moyens de sa politique », déclare-t-il.

Optimistes, les changeurs de monnaie espèrent maintenir le rythme grâce à la présence des banques implantées à Mbandaka. Pour poursuivre leurs activités, les responsables des Ong locales ont résolu faute de mieux, de s’adresser aux agences du système des Nations Unies, « même si celles-ci n’ont pas autant de moyens que la Monusco, nous sommes obligés de composer avec elles comme par le passé… », explique, un brin résigné Jean Bakanja, secrétaire de l’Ong Sparis.

Par Matthieu Mokolo

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