Des enfants issus de viols à la recherche de leur identité

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Nombre d’enfants issus de viol pendant le génocide au Rwanda ont appris tardivement la vérité sur leurs origines que leurs mères traumatisées avaient du mal à leur dévoiler. Certains en veulent mortellement à leur bourreau de père.

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Il ne cesse de le dire. « Je serai soulagé quand j’aurai tué mon père ». Ce jeune homme de 19 ans, connu sous le sobriquet de DG, ne cache pas sa colère quand il parle de son père. « C’est un lâche, un bourreau qui ne mérite que la mort », martèle-t-il. Les conditions difficiles dans lesquelles il a été conçu, né et éduqué lui ont laissé une blessure presque incurable.

En effet, lors du génocide des Tutsis en 1994, la mère de DG n’avait que 17 ans. Les Interahamwe déciment sa famille. L’un des bourreaux « la protège » et l’emmène chez lui. Dès la première nuit, il la viole et son calvaire commence. Son violeur l’emmène en exil dans un pays voisin où elle est obligée de rester cloîtrée dans la maison de fortune du camp de réfugiés de peur d’être tuée par les Interahamwe qui la connaissaient.

Zemanta Related Posts ThumbnailPendant plus d’un an, elle subit une vie de « couple » avec un des meurtriers de sa famille, avant de s’évader avec son bébé et de rentrer au Rwanda. Meurtrie par la souffrance, en détresse et stressée, elle erre ici et là sans protection avec l’enfant qu’elle a gardé.

Rejetée par sa famille

Au retour de son exil forcé, son frère, alors militaire, lui a clairement signifié qu’en aucun cas il ne peut éduquer l’enfant d’un interahamwe. Avis partagé par de nombreux proches. « Plusieurs membres de la familles sont venus me proposer de tuer cet enfant. Mais compte tenu des souffrances que j’ai supportées, je voyais en lui ma seule consolation », témoigne-t-elle.

Elle souffrait davantage de voir son fils traité sans cesse d’agaterahamwe (petit milicien) par tout le monde. « Au niveau familial, j’ai été victime d’incompréhension puisque j’ai donné naissance à un enfant, un garçon non souhaité, un enfant de la haine, un enfant de l’ennemi… « , se plaint-elle. Lâchée par ses proches, la mère de DG décide de confier son fils à un orphelinat.

Pendant plusieurs années, DG a demandé à sa mère qui est son père. Mais celle-là n’avait pas le courage de révéler à son fils toute la vérité sur les conditions de sa naissance. Grâce à un espace de dialogue créé par une Ong, la mère de DG a fini par tout lui raconter. DG a alors compati au calvaire de sa mère. La rage est aussi montée en lui et il « envisage de tuer son père pour venger sa mère ». Aujourd’hui son père est en prison à cause de son rôle dans le génocide des Tutsis. « Quand mon fils se souvient qu’il est né du viol, il me demande d’aller lui montrer son père pour lui demander pourquoi il l’a fait », témoigne la mère de DG.

Mères de force

« Qui est mon père ? Qui sont les membres de ma famille du côté maternel et paternel ? Pourquoi certains me qualifient d’interahamwe? ». De nombreux enfants issus de viols posent ces questions qui ravivent les blessures psychologiques de leurs mères.

« Quand mon fils me posait ce genre de question, au lieu de lui répondre, j’étais tout de suite secouée par un hoquet », témoigne la mère de DG. Pour certaines Ong engagées dans la réhabilitation et la prise en charge des enfants issus du viol et leurs mères, « il faut multiplier des espaces de dialogue à travers des rencontres mère – enfant pour améliorer leur relation. Cela permettra aux enfants de connaître leurs origines et de se créer leur identité ».

Nombre de ces mères au cœur brisé, engrossées par haine, ont gardé ce souvenir des atrocités extrêmes qu’elles ont subies et attendu plus de 15 ans pour faire des révélations aux enfants.

Durant leur enfance, ces enfants ont été maltraités, stigmatisés et même discriminés comme en témoignent certaines de leurs mères. La plupart n’ont pas réussi à l’école à tel point que certains étaient encore à l’école primaire alors que les autres de leur âge étaient déjà à l’école secondaire.

De nombreux rapports affirment que les chefs des milices ont délibérément choisi des hommes infectés pour violer et contaminer des femmes dont la famille a été massacrée. Aujourd’hui, on estime que 65% des survivantes vivent avec le virus du Sida.

Une étude de Human Rigths Watch publiée en 2000 donne le chiffre effarant de 500 mille femmes violées. Faute de pouvoir avorter, les survivantes ont dû porter l’enfant de leur bourreau. Certaines de ses mères forcées avouent qu’elles n’ont jamais aimé leur enfant. Ils seraient 20 mille ceux que l’on appelle les « enfants mauvais souvenirs ». Leurs mères les élèvent, seules, parfois envers et contre toute leur communauté.

Par Fanny Kaneza

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