Goma : formés à un métier, les prisonniers se réinsèrent plus facilement

À Goma, les détenus, qui ont appris un métier en prison, peuvent gagner honnêtement leur vie après leur libération. Une réinsertion sociale appréciée des prisonniers et de leurs proches.

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« C’est incroyable! Difficile de croire que ce monsieur pouvait mener une vie normale, sans cambrioler des maisons. C’est bien de voir qu’il est devenu intègre et travailleur », s’exclame Nafisa, une femme habitant le quartier Mabanga à Goma, la capitale du Nord Kivu, parlant d’un ex-prisonnier, aujourd’hui fabricant de blocs de ciment. Ce dernier fait partie des détenus qui ont bénéficié des formations dispensées par la prison centrale Munzenze. Des formations qualifiantes qui préparent les prisonniers à l’exercice de métiers comme la couture, la fabrication de savon, l’élevage de poulets ou la maçonnerie.

Dans le hangar jouxtant les cellules, c’est un va-et-vient continu de prisonniers portant des sacs de ciment que d’autres se chargent de mélanger avec du sable, afin de faire des briques. Dans la partie réservée aux femmes, les bruits des machines sont ponctués par les éclats de rire des apprenties couturières, occupées à confectionner des chemises, des blouses et autres uniformes pour les écoliers.

Un métier pour s’en sortir

Raymond Mpoko, chargé de la promotion de ces activités à la prison centrale, témoigne de l’implication des détenus, base du succès des programmes de formation. Selon lui, la commercialisation des produits fabriqués par les prisonniers au cours de leur séjour carcéral est plus que rentable : « Des restaurants de la place mais aussi des particuliers viennent s’approvisionner à la prison, à 8$ le poulet. Les prisonniers produisent quotidiennement près de 300 blocs de ciment et une centaine de savons, des produits facilement écoulés sur le marché ».

Uvira_Sud_Kivu_Flickr

Selon Sarah Kayembe, organisatrice des activités de formation, depuis début 2013, une cinquantaine d’ex-prisonniers ont pu trouver du travail grâce aux ateliers organisés à la prison, des formations financées par la Province avec l’appui de la MONUSCO et des Ong. Elle se réjouit des résultats qu’elle juge jusqu’ici positifs et précise : « Nous organisons des suivis pour voir comment ces ex-prisonniers se débrouillent dans la vie de tous les jours. Certains gagnent raisonnablement leur vie ».

L’apprentissage en prison dure entre trois et six mois et est ouvert aux détenus condamnés pour des peines de courte durée. En prévision de leur libération, ces prisonniers épargnent leur prime mensuelle et les revenus tirés de leur travail dans la prison.

Un nouveau départ

Libéré il y a sept mois, Bahati M. avait réussi à mettre de côté 300$. « Avec cet argent, j’ai acheté une bonne quantité de noix de palmiste et du matériel pour lancer ma propre savonnerie », révèle-t-il.

Cette mère de famille habitant le quartier Mapendo, a purgé une peine de deux ans de prison pour complicité de vol à main armée avec son mari. Aujourd’hui, elle jouit d’une grande notoriété comme couturière, avec une clientèle de plus en plus adepte de ses modèles de libaya, sorte de blouse à la congolaise.

En prison, grâce à ses encadreurs, elle a compris tout le déshonneur d’être complice d’un voleur: « Ces conseils m’ont permis d’avancer et avec mon métier et mes 30$ par jour, je peux nourrir et scolariser mes enfants, alors que mon mari croupit toujours en prison ».

Une nouvelle vie qui fait le bonheur de ses enfants et de sa famille. « J’ai beaucoup souffert quand j’ai appris que mes parents étaient condamnés. Pendant leur détention, j’ai séché les cours pour m’occuper de mes petits frères. Aujourd’hui, je suis heureux et fier de la reconversion de ma mère », confie Alain, étudiant en première année de graduat à l’Université de Goma.

Patric Mukendi, directeur de la prison de Muzenze, la prison centrale de Goma, se dit heureux, « chaque fois que des ex-prisonniers nous rendent visite pour nous dire toute leur reconnaissance de les avoir aidés à se remettre sur le droit chemin ».

Par Mustapha Mulonda

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