Loin… de Rachid Ouramdane, présenté au M.A.I

Spectacle solo créé en 2008, Loin…, le projet chorégraphique de Rachid Ouramdane a été présenté dans la métropole québécoise, au Montréal arts interculturels (M.A.I.) du 24 au 26 avril 2014.

Loin_Rachid_MICRO_copyrightPatrickImbertLoin… aborde la question de la mémoire et cette difficulté qu’il y a parfois de la transmettre. Né de parents algériens qui ont vécu les traumatismes de la décolonisation, Rachid Ouramdane fouille le passé de son père disparu, enrôlé dans l’armée française durant l’occupation coloniale en Indochine. Sa mère va lui confier que son père a été torturé à son retour du Vietnam.

Suite à la révélation de ce secret, il invite plusieurs témoins d’origine vietnamienne, nés de la même histoire que lui, et qui pour avancer, fouillent dans leur passé ou bien se réfugient dans l’amnésie. Dernier à témoigner, le capitaine d’un commando de l’armée d’Ho Chi Minh dont le filet de voix résonne encore dans nos oreilles : «c’est pour ça qu’on ne parle pas à nos fils, nos petits-fils».

Loin_Rachid-Ouramdane-EM_7Formé dans les années 1990 à l’école de la «non-danse», le chorégraphe Rachid Ouramdane a fondé sa propre compagnie L’A. en 2007 et a développé, au fil de ses projets, un style documentaire inspiré du réel de la vie qu’il traduit en gestes, sons et images.

Pendant une heure, à travers la réactivation d’une avalanche d’images et de mémoires, Loin… interroge la fuite dans le silence d’un père et ce besoin qu’ont les enfants, héritiers de son silence, de comprendre. Les témoignages se succèdent libérant chacun la vision intime d’un passé violent tant en Algérie qu’au Vietnam.

La parole des témoins submerge le corps du danseur duquel jaillit à son tour une parole monocorde, prête à imploser. La scène dans la pénombre, circonscrite par des hauts-parleurs et minée de flaques (de sang ?), absorbe entièrement le corps du danseur dissimulé sous sa capuche, anonyme, et finit par le dissoudre entièrement dans le son et l’image.

Tout l’art de cette pièce sur l’indicible réside dans la maîtrise de l’expression du peu, où l’artiste pousse à l’extrême sa capacité de suggérer dans la retenue.

À noter qu’en marge des représentations au M.A.I, Rachid Ouramdane, qui n’était pas venu à Montréal depuis 2001, adonné un atelier de recherche sur les notions de rythmique et de musicalité d’ensemble.

Photos : © Patrick Imbert

Par Erika Nimis

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