Congo: les diabétiques refont confiance à la médecine moderne

Dans la province du Bas-Congo, au sud-ouest de Kinshasa, les malades souffrant du diabète reviennent se soigner dans les hôpitaux après un détour chez les tradipraticiens qu’ils accusent de leur avoir vendu du vent…

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Les malades qui souffrent du diabète, dans la province du Bas-Congo, sont formels : ils ne se feront plus avoir par des tradipraticiens. Ces derniers, dont certains arrivés de Kinshasa, disaient tout guérir même le diabète, considéré comme une maladie chronique.

Après plusieurs mois passés à prendre des tisanes qui n’ont pas amélioré leur état de santé, certains malades ont résolu de retourner se soigner dans les formations médicales classiques. « Quand on avait détecté la présence de sucre dans mon sang, j’utilisais régulièrement de l’insuline et ça marchait », explique Gaston Nzuzi, 60 ans révolus, habitant Matadi.

Phamarcie_CongoMais « après avoir suivi à la télévision une publicité vantant un tradipraticien venu de Kinshasa et qui assurait guérir complètement le diabète à l’aide de plantes médicinales, je suis allé le consulter », confie-t-il.  Des solutions buvables qui n’en finissaient pas lui ont été concoctées. « Curieusement, je commençais à perdre du poids et de l’équilibre. J’ai résolu d’y mettre un terme et ai repris mes médicaments d’avant… », raconte le vieil homme.

Vaste escroquerie

Comme Gaston Nzuzi, de nombreux malades se rendent compte après qu’ils ont été dupés. « Je suis fatigué de cette ruse à grande échelle », clame Marcel Vidi, un diabétique qui a juré de ne plus jamais revoir un guérisseur.Martine Sikila, également diabétique, est très amère quand elle évoque ce qu’était son traitement. « Je buvais mes propres urines chaque matin pendant un trimestre pour l’élimination totale de mon diabète. Curieusement à chaque contrôle, le taux de sucre restait inchangé »,rapporte-t-elle.

Depuis quelque temps, des charlatans ont pris d’assaut les villes, centres et agglomérations de la province du Bas-Congo, assurant guérir les populations du diabète, Sida, de l’hypertension et de bien d’autres maladies. Ils prétendent même soigner les maladies dites chroniques, juste avec de potions traditionnelles à base des tisanes, souvent sans doses connues.

A la division provinciale de la Santé, le Dr Denis Lemba, chef de Bureau 4 (chargé des ripostes aux maladies et épidémies) soutient que « le diabète est dans la catégorie des maladies chroniques. Ces thérapeutes peuvent avoir des produits pour guérir la glycémie, mais pas le diabète ».

Il en veut pour preuve les nombreux diabétiques qui, après avoir été de tradipraticiens en tradipraticiens, « finissent par venir chez nous pour une prise en charge correcte, professionnelle et responsable…”. Son collègue, le Dr Taty Mawanda pense que se rendre dans un hôpital « permet de faire un meilleur suivi et une bonne constitution d’une banque des données pour la province ». La province a ainsi pu enregistrer, en 2012, 2 943 cas de diabète, dont 52 décès.« Ces  statistiques vous ne saurez les trouver ailleurs qu’à la division provinciale de la Santé », se targue le Dr Lemba.

Contrôle régulier

Selon des médecins, le contrôle strict du taux de sucre dans le sang est le principe fondamental du traitement du diabète. « Ceci passe en priorité par l’éducation du malade qui doit devenir en quelque sorte son propre médecin », dit le Dr Lemba.

Le diabète traduit une élévation du taux de sucre dans le sang. Cette anomalie est due à une insuffisance ou une mauvaise utilisation de l’insuline par le pancréas. Sans traitement approprié, cette maladie peut être à l’origine de graves complications. Silencieux et discret, le diabète est une maladie qui peut longtemps passer inaperçue. Cinq ou dix ans peuvent ainsi s’écouler entre son apparition et son diagnostic.

Pour détourner les malades de l’hôpital, des charlatans recourent aux médias locaux où ils font passer en boucles leurs messages. Mais la coordination provinciale du Conseil supérieur de l’audiovisuel et de la communication, l’organe de régulation des médias, mise au courant de la supercherie, a frappé. Elle a  interdit la diffusion de toutes les activités de la médecine « parallèle » dans les médias de la province.

Le président de l’Ordre des médecins du Bas-Congo, Dr LouisGomez, estime qu’il y a du travail à faire pour sensibiliser : « comment on peut attraper le diabète, ses conséquences et comment les malades doivent se comporter ». Sans nier l’utilité des plantes médicinales dans certaines maladies, leDrLouis Gomez recommande vivement aux malades de toujours consulter des médecins.

Par Emmanuel  Lukeba

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