Black Bazar: « peinture sociale de l’Afrique » – Mabanckou

Black Bazar, le groupe de Rumba créé sous l’égide de l’écrivain Alain Mabanckou se produit cette année à Nuits d’Afrique. Nous avons posé quelques questions au producteur (Alain Mabanckou), à la manager (Caroline Blache) et aux membres du groupe, dont  Popolipo, pilier de ce groupe, compositeur du groupe et légende de la musique congolaise .

Votre groupe s’appelle Black Bazar, comme le roman d’Alain Mabanckou. Pourquoi ce titre alors que ce livre ne parle pas de musique ?

Alain Mabanckou :

Black-Bazar-Credit-FINA2014-01C’est vrai que le livre ne parle pas nécessairement de musique, mais il est musical parce que la littérature c’est la musique des mots. Et ensuite, Black Bazar revient à l’origine même de la rumba congolaise.

C’est un orchestre qui a des chansons à texte : il fait une peinture sociale de l’Afrique, de ses quartiers populaires, des relations avec la politique, etc. Et ça va dans le même sens que mon roman.

Tout comme des titres comme Face A (premier album) ou sweet home (deuxième album) qui évoquent les sapeurs, l’ambiance du pays, ou encore l’immigration. Black Bazar musique c’est tout ça plus l’exaltation de la rumba.

En tant qu’artistes musiciens qu’est ce que ça a changé pour vous de travailler avec un écrivain ?

Ballou Canta (chanteur) et Popolipo Beniko (compositeur)

Ce qui change c’est que nous avons affaire à un producteur qui est non seulement écrivain, mais aussi totalement différent de ceux que nous avons eu jusqu’alors. L’avantage avec le producteur écrivain c’est qu’il est regardant sur les textes que nous créons et qu’il a une force de proposition. Comme il est très créatif, très inspiré, il est capable de nous donner des idées là où nous bloquons. C’est très agréable de travailler avec lui.

Black-Bazar-Credit-FINA2014-03 Qu’est-ce qui caractériserait la rumba telle que vous la pratiquez ?

Ballou Canta :

Pour commencer, nous avons un producteur qui a eu l’idée lumineuse de rassembler des générations de musiciens. Popolipo et moi, qui avons travaillé avec les anciens, nous sommes la génération intermédiaire entre l’ancienne génération (Franco, Rochereau) et la jeunesse actuelle qui joue avec nous dans Black Bazar. C’est extraordinaire cet échange d’expérience.

Ensuite, nous sommes basés à Paris, dans un contexte socio culturel complètement différent de l’Afrique. Là-bas, nous subissons l’influence d’autres musiques du monde, ce qui nous permet de faire une rumba totalement différente de celle jouée au pays.

La troisième chose c’est que nous beaucoup tourné, fait beaucoup de voyage, ce qui a apporté une rigueur et un professionnalisme totalement différent des groupes du pays qui se cherchent de façon artisanale.

Jusqu’ici à Nuits d’Afrique nous avons pu entendre beaucoup d’artistes qui portaient un message engagé (Tiken Jah, Sierra Leone Refugees, etc.), est-ce que Black Bazar a un message ?

Alain Mabanckou :

Le message de Black Bazar est clair. Nous sommes dans l’ère de la mondialisation, des rencontres et des échanges, nous devons aller dans le monde en disant qui nous sommes, mais aussi en nous ouvrant aux autres, en disant que nous sommes des gens qui cultivons la démocratie, la courtoisie.

Black-Bazar-Credit-FINA2014-04Un titre comme Face A fait une critique de la dictature, des politiques menées en Afrique. Mais on parle aussi d’amour ! Black bazar est un groupe qui prêche la fusion des cultures, un groupe dans lequel vous trouverez aussi bien des Congolais de Brazzaville, de Kinshasa, des Camerounais, des maliennes, c’est le panafricanisme musical !

Notre message se vérifie dans la composition du groupe, dans ce que nous écrivons et aussi dans le refus de la démagogie, nous prenons en compte le nouveau visage de l’Afrique. L’Afrique c’est pas seulement le continent noir, l’Afrique c’est partout où se retrouvent des gens qui ont une couleur noire ou des gens qui pensent à l’Afrique dans leur cœur ou dans leur esprit quelle que soit leur couleur.

Pourriez-vous nous parler de votre spectacle en quelques mots ?

Ballou Canta :

Nous avons un show qualibré, un show d’une heure trente, c’est des tableaux, une machine très perfectionnée et qui envoie de la musique, du spectacle, de la danse. C’est la fête ! Pas de répit et tout le monde danse !

Caroline Blache [Directrice artistique et manager du groupe] :

Il y aura aussi une rencontre très très forte le 20 juillet. Elle existe déjà en littérature avec Alain Mabanckou et Dany Laferrière à travers l’éditeur Rodney Saint-Éloi (Mémoire d’encrier). En musique, il s’agit de donc de Fanfan de Tabou Combo qui a voulu participer au deuxième album de Black Bazar.

Dimanche nous [devions] jouer juste avant le concert de Tabou Combo sur la grande scène et Fanfan [devait venir] nous rejoindre pour jouer pour la première fois ce morceau en live ensemble. Cette rencontre entre Afrique et Haïti c’est exactement ce que veut faire Black Bazar, c’est son message.

Photo : Courtoisie Facebook

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