« Hope » de Boris Lojkine: chercher la beauté dans l’effroi

Couronné du prix SACD à la semaine de la critique du dernier festival de Cannes, le film Hope de Boris Lojkine a ouvert le 10e Festival international du film black de Montréal.

02_HopeAvec une précision et une justesse encore jamais vue, cette fiction suit le parcours de deux migrants d’Afrique subsaharienne sur les voies clandestines qui mènent à l’Europe.

La scène qui ouvre le film est d’un réalisme tel qu’on ne sait si on est face à une fiction ou un film documentaire.

Extrêmement documenté, Hope met en scène deux personnages, Léonard le camerounais et Hope la nigériane qui ont quitté leur pays pour aller faire l’Europe.

De ce continent chimérique on ne verra rien, la route est un unique décor : du désert à la côte marocaine, en passant par les cloaques dans lesquels survivent les clandestins à chacune de leurs étapes.

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Ce long-métrage va au-delà de tout ce qui a été dit jusqu’ici au cinéma sur ce sujet.

Plus proche du long reportage d’investigation Bilal sur la route des clandestins (Fabrizio Gatti) que du film La Pirogue (Moussa Touré), il nous introduit aux codes et à la réalité de cet univers qu’on refuse de voir.

Sur la route, les clandestins se regroupent par nationalité. Alors qu’aux yeux des médias occidentaux ils sont une masse informe d’Africains, les voyageurs sont avant tout camerounais, nigérians, congolais.

Lorsqu’ils arrivent dans une nouvelle ville c’est vers leur ghetto que se tournent les clandestins. « Les camerounais c’est par ici et les Nigérians au fond, derrière le mur », explique un anonyme à Hope et Léonard lors de leur entrée à Tamanrasset, Algérie.

L’inhumanité fait rage dans les relations entre ces hommes et ces femmes qui luttent pour leurs propres survies. Véritables mafias, les réseaux de passeurs dans lesquels agissent également des africains véreux ne laissent que peu de place à l’espoir. Hope est pourtant le nom de l’héroïne, cette drôle de petite femme qui fuit son pays et s’agrippe à un Léonard qui s’en serait bien passé.

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De nationalité française, Boris Lojkine est né le 24 juillet 1969 à Paris

Le tour de force de Boris Lojkine est d’avoir su injecter de la beauté dans une intrigue pourtant effroyable. La mise en scène épurée, la lumière solaire du désert et les plans qui s’attardent sur les deux acteurs remarquables adoucissent la dureté du parcours.

Mais Hope c’est surtout l’amour qui naît entre cet homme et cette femme au cœur de la tourmente. Nichée au milieu du film, il y a cette très belle scène dans laquelle l’un et l’autre se lavent dans un cours d’eau. Ces gestes simples les font passer du statut de compagnons d’infortunes à celui de couple.

En se faisant aimer ses personnages, le réalisateur ne fait pas un film romantique de plus. Il humanise profondément ces êtres à la dérive. Par delà la réalité atroce et le risque de la mort, il y a l’amour.

Boris Lojkine rappelle que tous ces corps qui se perdent dans le Sahara et la Méditerranée étaient, avant d’être des cadavres anonymes, des hommes et des femmes avec des rêves, des sentiments et des espoirs
intimes.

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