Bas-Congo : les frais bancaires fâchent les enseignants à la veille de la rentrée

Les enseignants du Bas-Congo menacent de ne pas reprendre le chemin de l’école, si les frais bancaires subventionnés par l’Etat depuis la bancarisation des salaires en 2012, reviennent entièrement à leur charge.

Des enseignants du Bas-Congo font peser une hypothèque sur la rentrée scolaire prévue le 8 septembre en République démocratique du Congo. En cause, la fin de la prise en charge des frais bancaires par le gouvernement qui les payaient depuis la bancarisation de la paie des fonctionnaires de l’Etat il y a deux ans.

banque_congolaise  Au terme d’une assemblée générale tenue le 2 août à Matadi, chef-lieu du Bas-Congo, les enseignants ont menacé de saboter la reprise des cours si le gouvernement ne fait rien. « D’abord il doit augmenter l’enveloppe salariale de l’enseignant et améliorer notre social avant de prendre une telle mesure qui vient une fois de plus créer des frustrations inutiles.

Au cas contraire, nous sommes prêts à boycotter la rentrée scolaire prochaine…, a prévenu Simon Nsilulu, porte-parole de la Synergie des enseignants du Bas-Congo dont l’action n’est pas suivie ailleurs en RD Congo. Nous pensions que la prise en charge serait définitive. C’est un piège que nous a tendu le gouvernement… ».

BIAC_banque_CongoUne subvention coûteuse pour l’Etat

Depuis juin, en effet, le gouvernement a pris une circulaire mettant un terme à son intervention. « Deux ans après, l’heure était arrivée pour que les enseignants s’adaptent au rythme de tout propriétaire d’un compte bancaire. A partir du mois de juillet, désormais les frais de tenue de compte des fonctionnaires qui ont un salaire ou une prime supérieure ou égale à 92 000 Fc (100 $, Ndlr), seront pris en charge par le titulaire du compte », a soutenu Jean-Louis Kayembe, président du comité de suivi de la paie des fonctionnaires de l’Etat.

Mais pour le syndicat des enseignants du Bas-Congo, « c’est la politique de deux poids, deux mesures car, cette décision ne concerne pas les militaires et les policiers qui font partie des fonctionnaires » comme eux.

Intervenant devant le Parlement lors d’une question orale, Daniel Mukoko Samba, Vice-premier ministre en charge du Budget a expliqué que le gouvernement subventionnait 3 348 Fc (3,6 $) par mois de frais de tenue de compte pour chacun de 650 mille fonctionnaires qui touchent leur salaire à la banque depuis deux ans. Et parmi eux, un peu plus de 170 mille sont des enseignants.

« La mesure du gouvernement a donc été prise pour décharger l’Etat…et responsabiliser les titulaires de compte bancaire », affirme pour sa part Jules Bondombe, vice gouverneur de la Banque Centrale du Congo, lors d’une réunion de la « troïka stratégique » début août, réunissant le Premier ministre, les ministres des Finances, du Budget et le Gouverneur de la Banque Centrale.

Revenir à l’ordre normal des choses

Banque_postale_GisenyiPrésidant dernièrement à Matadi la cérémonie d’ouverture de l’atelier sur « les politiques éducatives et le financement de l’éducation sur les ressources propres des provinces », Elie Ngoma, ministre provincial de l’Education, rassure les enseignants de sa province : « Dans le cadre de la décentralisation, bientôt le secteur de l’éducation sera l’apanage des provinces. Et notre gouvernement est déterminé à améliorer les conditions de l’enseignant, de l’élève et de construire des nouvelles infrastructures dans les chefs-lieux des 10 territoires, des deux villes et 55 secteurs que compte le Bas-Congo ».

Banquier de profession, Patrick Massamba rappelle aux enseignants que « si certains l’ignoraient, ils doivent maintenant savoir que les frais de tenue d’un compte bancaire sont toujours à la charge du détenteur du compte. Ça se passe ainsi partout. Il n’y a rien de nouveau. Rien ne sert de tergiverser autour de la rentrée des classes pour une situation normale… »

Par Emmanuel Lukeba

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