Mother of George d’Andrew Dosunmu au FIFBM

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Pour son film projeté au Festival international du film black de Montréal (FIFBM) édition 2014, Mother of George, Andrew Dosunmu, le réalisateur de Restless City pénètre l’intimité d’un couple nigérian installé à Brooklyn et fraîchement marié. Éprouvant des difficultés à concevoir leur progéniture, le couple se confronte aux aspects extrémistes ambigus de la bienveillance familiale.

Le film s’ouvre sur des scènes colorées et musicales : un mariage a lieu, celui d’Adenike et d’Ayodele, interprétée par Danai Gurira et Isaach de Bankolé, au cœur d’une tribu familiale solide et très nombreuse.

mother-of-george-1Les bénédictions des aînés traversent les scènes inaugurales, tandis qu’Adenike se retire dans la chambre nuptiale, recueillant les dernières prières et les ultimes présents de sa belle-famille.

Ayodele la rejoindra par la suite, amoureux et affectueux, pour consommer cet amour célébré dans la tradition et la bonne humeur. L’emménagement qui s’en suit met en images cette même tribu familiale, solidaire, heureuse d’une nouvelle union de laquelle devra rapidement aboutir la naissance d’un enfant.

mother-of-george-2 Mais cette naissance se fait attendre et Adenike perd patience, tandis qu’Ayodele, perplexe et à bout, cherche le bouc émissaire idéal pour porter le fardeau du ventre vide de son épouse.

Déchiré entre traditions, pudeur et impatience de fonder une famille, le couple ne cèdera toutefois pas aux appels de la science moderne et des multiples possibilités dispendieuses de concevoir « techniquement » un bébé.

Projeté au Cineplex Odéon du Quartier Latin, Mother of George, explore – plus qu’elle n’interroge – la notion de couple dans une communauté très traditionaliste voire conservatrice (la femme est aux fourneaux et ne travaille pas, tandis que l’homme subvient aux besoins de son épouse, etc.) où l’entraide familiale à la fois fragile et omniprésente se démène à sauver les expectatives maritales.

Malgré cette bienveillance étouffante, le couple s’enterre dans la solitude. Ainsi, les scènes d’amour autant que les scènes de dispute contrastent avec les scènes de célébration, rappelant ainsi que derrière les quatre murs de la demeure conjugale, le ventre vide ne concerne que ses géniteurs impuissants. Mais concerne-t-il l’homme autant que la femme ? Pas sûr.

Andrew Dosunmu ne réinvente pas la roue avec son film. Ainsi, les problèmes de contraception comme les problèmes de conception sont entièrement pris en charge par Adenike, qui marche rapidement d’un cabinet à un autre, baladant difficilement son espoir dévoré par les échecs consécutifs.

mother-of-george-3Filmée très souvent de dos, Adenike incarne cet être ployant sous le poids des traditions, se blâmant silencieusement de ne pouvoir être la « femme-mère » qu’elle aimerait être, s’interrogeant sur l’infertilité probable de son époux qui restera cependant un sujet tabou.

Le sexe-plaisir avec son Ayodele se substitue rapidement au sexe-conception, au sexe-utilitaire. Une solution apparaitra contre toute attente, formulée toujours par cette même tribu familiale ; une solution désespérée et destructrice.

Si Andrew Dosunmu s’approprie un sujet difficile en l’implantant au cœur de tensions ancestrales (qui n’est pas propre aux couples africains, rappelons-le), on peut se demander s’il questionne véritablement les failles et les limites des attentes formulées envers l’homme et envers la femme au sein du mariage, ou s’il les met juste en scène de manière dramatique. Bien trop concentré sur l’esthétisme de son long-métrage, le réalisateur de Mother of George s’est égaré dans un propos abordé sans véritable angle.

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