Katanga : la régularité des trains booste la production agricole

Depuis que le trafic ferroviaire est redevenu régulier au Katanga, les agriculteurs peuvent à nouveau vendre leurs produits, jusqu’alors importés de Zambie, sur les marchés de la capitale provinciale. Pour augmenter leur production et assurer l’approvisionnement de la ville, les producteurs demandent que les autorités considèrent leur secteur comme une priorité.

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MArché_RDCongoA l’entrée de la gare de Lubumbashi (capitale de la province du Katanga au sud-ouest de la RD Congo) ce matin de novembre, des camions attendent les marchandises qui sortent des wagons de la Société nationale des chemins de fer du Congo (SNCC).

Des chariots font des va-et-vient, transportant maïs, haricot, tomates, oignons, huile… Au marché Rail, un peu éloigné de la gare, les vendeurs connaissent déjà l’horaire des trains. “Je ne suis pas allé à Kasumbalesa (poste frontière entre la RDC et la Zambie, Ndlr) hier parce que je savais que le train devait arriver ce mardi”, explique un des commerçants, Adolphe Mpongo.

Au passage du train, Mpongo a acheté pour les revendre, haricots, pommes de terre, oignons… Depuis environ trois mois, les trajets réguliers des trains permet aux habitants de Lubumbashi de s’approvisionner en produits vivriers qui viennent de l’intérieur de la province.

Leurs prix bon marché attirent désormais plus d’acheteurs que ceux des produits importés de Zambie qui coûtent un peu plus cher. Romain Malonga, opérateur économique de Lubumbashi estime que cette concurrence entre les produits locaux et ceux qui viennent de l’extérieur est un point de départ vers l’indépendance alimentaire.

“Nous sommes restés dépendants de la Zambie sur le plan alimentaire pendant des années, alors que nos territoires produisent aussi. Il suffit d’évacuer les produits agricoles des lieux de production vers ceux de consommation, nous cesserons de dépendre de l’extérieur”, soutient-il.

Nourrir la province

Banane_CongoLes producteurs eux aussi se réjouissent. Une dizaine de camions de fermiers attendent ce mercredi de novembre à l’entrepôt d’Amie-Congo à Lubumbashi. Ils doivent être servis en semences de maïs et en engrais. Certains fermiers sont réconfortés par le désenclavement de leurs territoires grâce à la reprise du trafic ferroviaire.

Ils ont même doublé leurs espaces à cultiver. D’autres sont mobilisés par la mesure des autorités zambiennes de suspendre toute subvention à l’agriculture dans ce pays dont ils craignent les conséquences. “Les prix des produits agricoles vont augmenter en Zambie incessamment, avec des effets fâcheux à Lubumbashi”, affirme le fermier Serge Mukala. Il estime que les Katangais doivent cultiver et manger les produits de leurs champs.

Dans son contrat-programme 2013 avec le gouvernement national, le Katanga prévoyait un appui en semences et intrants agricoles à 15 000 paysans et un autre appui pour 10 000 hectares à répartir entre les producteurs émergents.

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Le tout pour un coût de 20 milliards de FC. Ce qui a nourri l’espoir de beaucoup de gens. Mais “le gouvernement central n’a décaissé jusque là que 5 milliards de FC “, s’indigne le ministre provincial de l’Agriculture, Barthélemy Mumba.

Ainsi, au lieu des 25 000 sacs de semences de maïs prévus, la province n’en a acheté que 12 000. Sur 105 000 sacs d’engrais prévus, 27 000 seulement sont disponibles. Les agriculteurs s’en plaignent.

“Quand on a déjà labouré de grandes superficies et que l’on n’a pas les semences et intrants qu’il faut, on est perdu”, regrette Paul Kieta, agriculteur au village Bulaya sur la route Kasenga qui a labouré 50 hectares mais n’a reçu des semences et des intrants que pour une vingtaine d’hectares.

Les paysans font pression

“Si l’agriculture n’est une priorité que dans les discours politiques, son impact est zéro”, scandaient ce 22 novembre les paysans agriculteurs qui marchaient dans les rues de Lubumbashi. Par ce mouvement, ils ont voulu alerter la population et les institutions provinciales pour que l’agriculture devienne prioritaire dans la province. Les8 % du budget de la province qui sont alloués à ce secteur servent à 80 aux dépenses de fonctionnement du ministère et des inspections provinciales.

Les 20 % restants ne couvrent pas les besoins en production agricole. “Nous devons avoir honte de continuer à dépendre de l’extérieur. Nous voulons que les autorités nous soutiennent parce que c’est nous qui nourrissons cette ville”, fait remarquer Elie Ngoy, agriculteur dans la vallée de Lufira.

Dans une proposition d’édit déposée au ministère provincial de l’Agriculture, les paysans ont exigé que le budget de la province consacre 20% à l’agriculture dans dont 80%, indiquent-ils, pour la production. Ils exigent en plus de travailler en toute quiétude et que leurs terres soient sécurisées. Car fait savoir Désiré Lubiri, cultivateur sur l’axe Sangwa, “nous sommes à la merci des exploitants miniers qui peuvent nous déloger à tout moment”.

Par Maurice Mulamba

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