Bukavu : les autorités détruisent des maisons construites sur les routes

Dans la ville de Bukavu, le gouvernement provincial du Sud-Kivu détruit maisons et clôtures, qui empiètent sur les voies publiques. La plupart ont été construites sans autorisation ou avec la complicité de certains fonctionnaires.

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Les engins de l’Office de voirie et drainage (OVD) vrombissent, marteaux et pics des maçons résonnent les vendredi 3 et samedi 4 octobre sur l’avenue Kibombo à Bukavu, le chef-lieu de la province du Sud-Kivu à l’est de la Rd Congo. Le bulldozer de l’Ovd abat les enclos du couvent des Pères missionnaires d’Afrique, de l’Hôtel Delicia, des Etablissements Idéal et de Radio Maendeleo.

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Les boutiques et clôtures de quelques particuliers s’écroulent aussi. Certains propriétaires embauchent préventivement des ouvriers qui en démontent les pierres et briques. « Ceux qui ont érigé des constructions sur les emprises de la route, devraient commencer à les détruire eux-mêmes.

S’ils ne le font pas, l’Etat va faire ce travail à leur place. Nous sommes déterminés à revêtir la ville de sa robe d’antan », avertit, le ministre provincial de l’Urbanisme, Kalenga Riziki, de passage sur cette rue encombrée des débris d’une dizaine de maisons et clôtures détruites au cours de ces deux journées. Une trentaine d’autres bâtisses gisaient déjà au sol sur les avenues voisines de Kasongo et de la cathédrale.

Du goudron sous des immeubles et jardins

Certains propriétaires de ces immeubles se lamentent que le gouvernement provincial ne leur a jamais lancé d’ultimatums pour déguerpir ou détruire. « Nous avons lancé des sommations de démolition à plusieurs reprises », réplique le ministre Kalenga.

Et son conseiller Michel Kabote d’ajouter que même la succursale provinciale de la Banque centrale du Congo est mise en demeure et verra bientôt la partie de sa clôture construite sur l’emprise de la route détruite. « Si cela n’est pas fait dans deux semaines, nous enverrons la population le faire pour éviter les deux poids deux mesures », avertit le président de la société civile du Sud-Kivu, Descartes Mponge, dont le bureau est établi sur l’avenue Kibombo.

Les badauds, eux, s’étonnent de retrouver du goudron sous certains décombres des immeubles et jardins. « Les avenues Kibombo et Kasongo comptaient, vers les années 1960, deux ou trois bandes de circulation, surtout au départ de l’Hôtel des postes, point zéro de kilométrage vers les autres localités de la province », rappelle le sexagénaire Symphorien Kashemwa.

Le chef du service provincial de l’urbanisme, Serge Barhayiga acquiesce, déclarant détenir un vieux plan de la ville. « Il est question de dégager 6 mètres de la largeur de la chaussée et 1,50 à 2 mètres pour le trottoir. Après ‘le plateau de la poste’ nous allons revenir sur la principale artère de la ville, l’avenue Lumumba, où certains particuliers, comme les Pères xavériens, détruisent déjà des parties de leurs constructions sur les emprises de la route » explique-t-il.

Vaste trafic d’influences

Selon lui, le domaine public a été violé surtout à l’époque de la rébellion du Rassemblement congolais pour la démocratie (RCD) qui a connu la léthargie de l’autorité de l’Etat, le trafic illicite des minerais et le boom immobilier. « La plupart des agents de l’Etat impliqués dans la magouille sont décédés », affirme Barhayiga.

Le président de la société civile le lui concède et ajoute cependant que certains immeubles concernés datent d’il y a deux ou trois ans avec la complicité de quelques fonctionnaires agissant au nom de l’Etat. Pour le conseiller du ministre, ceux qui ont induit en erreur des habitants constituent des cas isolés : « Nous sommes un pays post-conflits. Il y des gens qui ont bâti de mauvaise foi en faisant intervenir des officiers militaires, en appelant Kinshasa, en construisant entre 3 et 5 heures du matin ou seulement les dimanches. »

Le président urbain de la Nouvelle dynamique de la société civile (Ndsci) à Bukavu, Henri Chakirwa, appelle cependant l’autorité à sanctionner tous ces complices dans les constructions illégales dans la province du Sud-Kivu.

Par Dieudonné Malekera

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