Sud-Kivu : encourager les candidatures des femmes aux élections locales

Au Sud-Kivu, les femmes peinent à obtenir des postes de responsabilité, en particulier politiques. Rares sont les élues. Encouragées par certains hommes et des émissions radios qui leur donnent la parole, elles sont cependant plus nombreuses à se porter candidates pour les prochaines élections locales.

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Au Sud-Kivu, une femme dirige la localité de Chirhogole, une autre celle de Bihogo, proposées par le chef de groupement de Miti. Mais leur nomination par sa majesté le Mwami de Kabare a été contestée en juillet dernier, uniquement parce que ce sont des femmes.

Femmes-Congo-Monusco2Selon Kazingufu Rwabika, le chef de groupement de Miti, cette contestation relève d’une mentalité rétrograde car la participation de la femme à la gestion de la chose publique est consacrée par l’article 14 de la Constitution. Il crie haro sur l’égoïsme des hommes et exhorte les femmes à la persévérance.

Ces temps-ci, Radio Maendeleo, une station de Bukavu très écoutée, a déplacé son studio d’enregistrement jusque dans les villages pour promouvoir le dialogue communautaire et le leadership féminin et surtout, « pour donner la parole aux auditeurs et susciter des candidatures féminines pour les élections locales prochaines », explique Thaïs Bagula, chef de programme et information à cette radio.

A la fin de ces émissions, de nombreuses femmes se déclarent candidates aux prochaines élections.

Le militantisme des femmes au sein des associations et des regroupements administratifs date de longtemps au Sud-Kivu où l’on compte le plus grand nombre d’associations de toutes les provinces du pays. Mais sur 1900 OSC enregistrées à la Société Civile en juin dernier, seules… 60 (3,16 % !) sont dirigées par des femmes. De même, au sein des partis politiques, elles sont les plus nombreuses des militants, mais peinent à se faire élire malgré la sincérité de leur engagement.

Les femmes bonnes gestionnaires

Il y a sans doute plusieurs explications à ces blocages : les coutumes traditionnelles toujours vivaces, la discrimination tenace des hommes envers les femmes, le niveau d’études relativement bas et le manque de confiance des femmes en elles-mêmes.

Dans les émissions de Radio Mandeleo, les femmes ont souhaité que les hommes soutiennent moralement et financièrement les candidatures féminines. Selon l’une d’elles, Zawadi Bahaya, les femmes devraient profiter du fait qu’elles sont plus nombreuses que les hommes à voter au Sud-Kivu pour élire leurs congénères. ?Nous devons arrêter de penser que les femmes qui s’engagent dans la politique sont déviantes?, déclare Byakesho Mizinzi, une femme leader de Miti qui a annoncé sa candidature aux élections locales.

Elle a été applaudie par le chef de groupement qui souhaite que les hommes encouragent celles qui veulent faire la politique, afin de redorer l’image terne de la femme dans la société.  « Pourtant, ajoute Espérance Hendwa, bourgmestre honoraire de la commune d’Ibanda, à Bukavu, les femmes ont fait leurs preuves de bonnes gestionnaires quand l’occasion leur a été donnée ».

Fanny Wakilongo, une militante du genre, évoque le fait que, lorsque Bukavu était dirigée par une maire et des bourgmestres femmes, leur personnel était bien payé et à temps. Un discours qui peine à convaincre les plus attachés aux coutumes. Certaines responsables sont ainsi méprisées par leurs subalternes hommes. « Ils piétinent les instructions qui leur sont données quand c’est une femme qui commande », confirme un militant du parti politique Union pour la nation congolaise. Cette marginalisation est démotivante pour celles qui aimeraient tenter leur chance.

Certains hommes restent accrochés à leurs prérogatives. A leurs yeux, de nouvelles responsabilités en dehors du foyer données aux femmes les écarteraient de leurs devoirs familiaux. ?Faux, rétorque Sostène Buhendwa, un journaliste. Ma femme dirige une école depuis plus de 10 ans. Malgré toutes les exigences de son travail, elle demeure une bonne épouse ! »

Par Thaddée Hyawe-Hinyi

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