Les coqs cubains chantent à minuit de Tierno Monenembo

Publié chez Seuil, Les coqs cubains chantent à minuit de Tierno Monenembo est un excellent hommage aux relations entre l’île de Castro et les pays africains, particulièrement les nations qui ont fait le saut dans le giron communiste.

L’histoire pourtant évidente n’est pas si facile comprendre. Un jeune Guinéen qui vit à Paris débarque à La Havane. Contrairement aux autres passagers qui débarquent en vol nolisé pour profiter des plaisirs de l’île, El Palenque, comme il se fera appeler, cherche à en savoir plus sur ces origines.

Les coqs cubains chantent à minuit de Tierno MonenemboSon père, tout aussi guinéen que lui, a débarqué il y a une trentaine d’années au pays du Che et, du paquebot soviétique Amiral Nakhimov, il s’est ensuite retrouvé dans les bras de la jeune et tout aussi belle Juliana.

Le pitch du dernier roman de Monembo est de prime à bord pas trop compliqué à saisir. Pour autant, l’écrivain réussit avec brio à se jouer du lecteur en l’enfumant dans un scénario digne des meilleurs suspens.

Prenant le lecteur par les mains, l’auteur du Terroriste noir le fait voyager à travers la pénombre et le décor figé de Cuba. Loin des plages idylliques de Holguin et Varadero, El Palenque va courir vers son passé, aidé par un Noir de La Havane, louche à souhait.

Un coq guinéen qui a du succès

Né en 1947 en Guinée, un peu avant la guerre froide qui opposa le bloc de l’est à l’occident, Thierno Saïdou Diallo alias Tierno Monénembo a plusieurs romans qui font de lui l’un des plus respectables de la littérature dite africaine. Citons son précédent Le terroriste noir, mais également Le Roi de Kahel qui lui a valu en 2008 le prestigieux prix Renaudot.

Avec son ouvrage de 192 pages, publié chez Seuil, l’auteur tente un mélange de genre qui s’avère n’en être pas un au bout du conte. Le lien fraternel qui unit le continent à Cuba n’est que trop souvent oublié.

Fort d’une expérience de 16 ans dans la dictature de Sekou Touré, Monenembo réussit avec brio à démontrer que les Cubains ne sont que des fils d’Afrique que l’embargo occidental à éloigner et même ostraciser.

« Même climat, même bouffe, même manière de danser et de baiser »

La quête identitaire occupe une place prépondérante dans l’oeuvre du Guinéen et son dernier roman n’échappe pas comme les deux derniers à la règle. Il y a aussi quelque part dans ce récit cubain, un hymne à la paix et à la tolérance, une envie de respecter une autre génération qui dans l’adversité tenait au respect des conventions humaines, comme la fraternité, la solidarité et une autre idée de la famille.

Au final, le lecteur aura la tentation de s’interroger sur le véritable héros de ce roman. Est-ce ce Tierno Alfredo Diaollovogui ou n’est-ce pas son frère spirituel, Ignacio Rodriguez Aponte, qui dans le regard et l’histoire de l’autre retrouve la sienne que tant d’années d’embargo et de privation ont diluée.

Il y a également une envie indubitable de saluer, tel un griot, la grandeur de l’île que se sont discutée Batista et Castro. L’auteur, qui y a été en immersion, donne aux lecteurs le goût de s’y rendre, de se promener dans les rues de La Havane, de boire ses innombrables variétés de rhum, de savourer les pistes de danse et les sons envoûtants des Celia ruz, Carlos Pueblas, Los Van Van, Cecilia Valdes et tant d’autres.

S’il se montre un peu amer d’une certaine image de Cuba (celle des tout inclus), il ne dit pas non s’il s’agit de découvrir les chavitos, queso blanco, muchadas et tous ses casa particular, qui rendre si particular l’île.

De la casa particular dans laquelle le coq guinéen va vivre, aux planches de danses des bars

 

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