Philippe Ducros, invité de la Rentrée littéraire du Mali

BAMAKO – Sous le thème Osons réinventer l’avenir, hommage à Thomas Sankara, souffle d’espoir réconciliateur au Mali, la Rentrée littéraire du Mali réserve une pléiade d’activités, autour d’hommes et de femmes de lettres d’horizons internationaux. Le Québec a délégué un porte-voix en la personne de Philippe Ducros, directeur artistique des Productions Hôtel-Motel et d’Espace Libre.

??????????????????????????????? Membre du Centre des auteurs dramatiques (CEAD), l’homme de théâtre est venu offrir une lecture à trois voix de son texte La porte du non-retour à l’Institut français du Mali. Un exercice auquel ont collaboré Veronika Mabardi de Belgique et Sirafily Diango du Mali.

La 5e édition de l’événement phare de la littérature à Bamako a eu lieu du du 24 au 27 février 2015.

La porte du non-retour est le fruit de l’expérience personnelle de Philippe Ducros en Afrique. D’abord en 2008, en Afrique de l’Ouest, sur la Côté d’Or, sur la trace des négriers, prolongeant son exploration jusqu’en terre éthiopienne, au camp de Kebribeyah où règne famine et désolation.

Il y rencontrera les réfugiés somaliens qui y survivent depuis 1992. Puis un second voyage en 2010, destination Afrique centrale, en République démocratique du Congo. Point de départ Kinshassa, son boulevard Lumumba, pour une expédition cauchemardesque au Nord-Kivu, au camp de déplacés internes Mugunga 3. Il y dénonce les conditions de vie exécrables des milliers de réfugiés de la guerre, les viols quotidiens de femmes et d’enfants sur ce territoire soumis au chaos et à la terreur.

???????????????????????????????Sans détour, Ducros dénonce le pillage des ressources premières – pétrole et minéraux – par les multinationales canadiennes, leur déresponsabilisation morale.

Le commerce lucratif de l’armement dans cette poudrière humaine, le rôle fatal des enfants soldats aliénés passent sous le bistouri de l’auteur montréalais.

Sa sensibilité s’exprime ça et là à travers le lien affectif qu’il tente de conserver indemne avec le Québec, au fil de ses explorations cul-de-sac, de ses hauts le cœur. Il résiste tant bien que mal au cauchemar auquel il assiste impuissant, entre confidences et dénonciation. Le sentiment de survie et le sourire, marques de résistance sur les visages des Africains est sa louange.

Extrait : Scène 1

La porte du non-retourLui – «Revenir de la République démocratique du Congo, de ses camps de réfugiés, de déplacés internes, et faire semblant de rien, c’est tuer en soi la part d’innocence qui restait avec les années.

C’est tuer un peu du soleil, un peu de la beauté des femmes, c’est assassiner l’amour et les minijupes des rues de Montréal au printemps. Et pourtant, c’est tout ce qu’on peut faire. Sinon, tout meurt. Pour recommencer à marcher dans les rues, à sourire, redevenir fonctionnel, on doit tremper les mains dans le petit meurtre de l’oubli, collaborer avec les ogres qui dévorent l’humanité.

Et, malheureusement, malgré cette trahison de l’oubli, malgré l’abandon, tout meurt quand même.

Alors on fait semblant. Jusqu’à ce que ce semblant redevienne la réalité.»

Au terme de la lecture, l’auditoire a pu poser des questions à l’auteur et exprimer leurs commentaires et appréciations.

Dans sa forme originale, La porte du non-retour se veut une expérience intime, un parcours initiatique soutenu par une narration sous forme de murmures et une cinquantaine de photos des lieux d’Afrique centrale dont s’est imprégné Philippe Ducros.

Ce«déambulatoire théâtral et photographique» sera de la 9e édition du Festival Trans-Amérique, du 28 avril au 11 juin prochain. Le texte est publié depuis 2012 aux éditions de L’instant même.

La Rentrée littéraire du Mali vu le jour en 2008 grâce au Fonds des Prix littéraires du Mali. Manifestation biennale jusqu’en 2014, elle se renouvellera annuellement à partir de 2015. L’événement permet aux acteurs de l’édition et du livre d’échanger entre eux et avec différents auditoires à travers des conférences-débats, des lectures, des rencontres scolaires, des spectacles et expositions sans oublier les ateliers d’écriture et de de formation aux métiers du livre.

Pour en savoir plus :

Le site web de La Rentrée littéraire du Mali

Ducros, Philippe, La porte du non-retour. Québec, L’instant même, « L’instant scène », 2012, 68 pages, 32 photos dont 24 en couleur.


Par Hélène Boucher (texte et photos)

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