Danakil: sans bémol, ni points de suspension

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La formation reggae française Danakil a amorcé en avril une tournée au Québec pour promouvoir leur dernier album Entre les lignes. Ils n’ont pas une ride et portent le reggae solidement sur leur dos depuis 15 ans déjà.

En entrevue  quelques jours avant leur spectacle, le 18 avril, au Théâtre Fairmount de Montréal, la voix du groupe, Balik et son acolyte Natty Jean ont tracé un bilan de leur carrière prolifique et partagé leurs coups de gueule sur des dossiers chauds de l’actualité dont l’après Charlie Hebdo et le développement du continent africain.

Le poing bien levé

Danakil-02-Francos2014-ToukiMontrealUn an après la sortie de leur récent opus Entre les lignes paru en février 2014 (Baco Records), la force revendicatrice opère plus que jamais au sein du noyau  « danakilien ». L’album est digne d’un travail d’orfèvre, fruit du reggae roots, auquel ont collaboré les légendaires Twinkle Brothers, groupe de reggae jamaïcain des années 60 (Entre les lignes), Harrison Staford et Marcus Urani, tandem fondateur de Groundation (We drop).

Des choses à dire, à décrier : Danakil ne manque certes pas d’inspiration. «Il y a toujours cet esprit militant sur l’album, c’est comme ça qu’on est venu à la musique par le reggae. Selon les périodes que l’on traverse, chaque album correspond à des phases de nos vies. Tristement, plus le monde va mal, plus des gens comme nous ont des choses à dire à travers leurs chansons…», lance Balik.

L’Afrique a inspiré tout spécialement Danakil sur Entre les lignes. La pièce Mali Mali en témoigne. Le Mali, Balik a eu besoin d’en parler. Après avoir passé deux années dans ce pays, à l’époque de la crise, il avait envie d’exprimer non seulement son attachement mais aussi et surtout, de clamer l’urgent besoin de libérer cette nation de ses chaînes.

Un souhait commun pour le destin de tous les pays d’Afrique, selon Natty Jean, artiste d’origine sénégalaise : «Que l’Afrique se prenne en main et que cessent ces guerres !»

Le Mali a réuni Balik et Natty Jean, il s’y sont rencontrés et le déclic a opéré depuis. Pour Balik, la cohésion est l’élément clé de son développement. Une cohésion loin d’être évidente, entre les tensions territoriales nord-sud, les rapports entre Bambaras et Touaregs. Son expérience personnelle en contact direct avec la population lui a permis de cerner les problématiques de cette zone d’Afrique occidentale.

image15 ans de combats sous l’impulsion du reggae

Revendiquer, défendre le plus faible, faire une différence face à l’injustice : autant de fronts animant les membres de Danakil. Un engagement sans relâche que Natty Jean résume ainsi : «Notre travail consiste à apporter notre vision des choses et mettre les problèmes sur la table».

La difficulté d’obtenir un visa en tant qu’Africains, l’hermétisme des frontières sont vivement critiqués sur la chanson Ne touche pas. Privilégié, le jeune artiste a une pensée pour ses compatriotes qui n’ont pas comme lui la chance de voyager, de découvrir le monde.

Après 15 ans consacrés à de telles luttes, comment Danakil perçoit-il l’état de la société ? Quelles améliorations ? Des échecs persistants ? Pour sa part, Balik reste à l’affût des actualités internationales. Certaines réalités l’enthousiasment, d’autres le désolent. Il se réjouit de l’avènement de Barack Obama après deux mandats de George Bush à la tête des États-Unis.

«J’ai ressenti un soulagement, comme bien d’autres lors de son élection. Un élan positif qui s’est quelque peu essoufflé depuis», déplore-t-il.

Le chanteur ressent un malaise face à la menace terroriste grandissante. «Ces minorités extrémistes religieuses viennent foutre un bordel pas possible, c’est le phénomène de l’arbre que cache la forêt : derrière, il y a des milliards de gens sur Terre qui vivent en paix avec leur religion, et il y a une infime part, un groupuscule qui vient pourrir le nom et la réputation des autres en entretenant un climat instable. On a l’impression de reculer, de revenir au temps des Croisades !», regrette-t-il.

Reggae lover, selon Danakil

Le répertoire du groupe semble se passer de la muse amour et désir. Entendrons-nous des chansons d’amour signées Danakil ? Pour Balik, cet exercice s’avère plutôt ardu et nécessite un angle spécial, une expérience à part entière. Il s’est déjà lancé dans cette voie avec deux pièces, l’une en anglais, facilité par cette langue de Shakespeare propice au genre, adaptée à cette vibe. Et une seconde en français

imageÉcrire une chanson sur sa mère l’anime encore à 33 ans. Pour lui, «ce sont des chansons indispensables, chanter l’amour, la famille…».

Natty Jean appuie son comparse et insiste sur l’importance de trouver l’angle exact : «Chaque saison à ses raisons. On n’aimerait pas se forcer à faire une chanson d’amour, ça viendra au feeling et ça ne veut pas dire qu’on n’est pas amoureux ! Il y aussi tant de choses qui se passent autour de nous, indépendamment des sentiments…»

Charlie Hebdo entre les lignes

L’attentat terroriste commis en janvier dernier dans les bureaux de Charlie Hebdo s’avère encore frais à l’esprit de Balik. Il a besoin de recul face à cette tragédie qui a secoué l’Hexagone. L’après Charlie Hebdo, est encore difficile à digérer pour l’artiste.

Pourquoi Danakil n’a pas encore composé son hymne Je suis Charlie comme l’ont fait plusieurs artistes français ? «Avec le recul, je me suis incrusté dans une réflexion beaucoup plus globale. Si je dois faire une chanson sur l’attentat de Charlie Hebdo, je l’envisagerais sur un angle plus large soit l’utilisation de la «carte Dieu» pour manipuler des foules. Ces mecs terroristes, je les considère comme des êtres manipulés, qui ont la faiblesse de suivre ces courants extrémistes. Comment arrive-t-on à convaincre ces personnes d’adhérer à ce mouvement autant en France, en Belgique, au Canada et ailleurs ? Voilà le cœur du problème qui m’inspirerait à écrire une chanson. Charlie Hebdo a été le révélateur en France du phénomène. Un épisode qui a été surexploité par la classe politique en France. Je ne veux pas faire comme tout le monde et surfer sur cette vague», conclut-il.

Au-delà de la tournée internationale en cours, Danakil aspire à révéler la relève reggae autour de leur label Baco Records. Élargir leur champ d’action, accueillir de nouveaux artistes autour d’un lien de confiance réciproque fait briller les yeux de Balik et Natty Jean.

Pour en savoir plus :

– Site web du groupe

La page Facebook de Danakil

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