République du Congo: des veuves doublement victimes

Obligées de verser une forte somme d’argent pour enterrer le corps de leurs maris, violentées au cours de rituels pseudo-traditionnels, chassées de leurs maisons, contraintes de subvenir seules aux besoins de leurs enfants… Dans le département du Niari , en République du Congo, plusieurs veuves subissent encore différentes formes de maltraitances.

Syfia International

Congo-NiariA Dolisie, comme ailleurs dans le département du Niari, bon nombre de veuves, après le décès de leurs époux, subissent encore des violences morales et physiques. “Mes beaux-parents m’ont demandé un million de francs Cfa pour enterrer le corps de mon mari (plus de 1 500 €, au prétexte que du temps du vivant de son époux, cette femme était bien traitée et riche, Ndlr)”, a expliqué la veuve Odile.

C’était au cours du débat communautaire intitulé “Les violences faites aux veuves dans le département du Niari“, organisé en décembre dernier à Dolisie, par le Centre de Ressources pour la Presse (CRP) en partenariat avec Syfia international, dans le cadre du projet “Journalistes, associations et autorités locales contribuent à un meilleur respect des droits des femmes rurales pour lutter contre la pauvreté.

Le projet est piloté par le CRP avec l’appui financier de l’Union européenne. Ce débat a réuni une dizaine de représentants de la société civile, quelques veuves, des autorités locales et des journalistes. Il a été animé en kituba par Sandrine Ngoma et Max Ferhynel Poudi, deux journalistes du projet, sous la coordination de Gaston Elbi Enkari, coordonateur dudit projet.

Chinois_CongoToutes les veuves participantes à ces échanges ont reconnu avoir subi “différents rituels traditionnels, accompagnés d’injures.” Certaines ont raconté avoir même été “chassées de la maison conjugale et condamnées à prendre en charge les enfants sans aucune aide de la belle-famille.”

Selon elles, ces brimades étaient une manière pour leurs belles-sœurs notamment de leur faire payer le bonheur qu’elles avaient connu avec leurs époux. “A 5 heures du matin, les sœurs et nièces du défunt nous ont obligées à nous déshabiller, puis nous ont rasé les cheveux et ont tout jeté, y compris nos habits, dans la rivière. Elles disaient que c’était ‘pour se débarrasser de  l’esprit du mort.’ J’ai refusé. Cela m’a valu des injures et des promesses de malédiction“, s’est souvenue la veuve Odile.

De la jalousie, rien à voir avec la tradition

Une autre veuve, Marie, a quant à elle témoigné tristement avoir été “chassée de la maison conjugale avec cinq enfants à charge. J’ai vu ensuite deux de mes filles mourir du paludisme la même année ! Depuis, je suis devenue maladive et je loue une habitation.” Des malheurs qui commencent parfois “dès l’hôpital, où seule la femme supporte l’époux malade. Pourtant, après l’enterrement, la veuve est chassée de la maison conjugale avec les enfants !, a regretté Denise Ndongui, présidente de l’association Femmes rurales et les activités socio-économiques (Frase).

Pour Donatien Ibassa, de l’Association de lutte contre la pauvreté et pour la protection de la nature (ALPN) et chef d’un projet pilote pour la protection des droits des veuves, ces mauvais traitements n’ont aucun rapport avec la tradition. Il y voit plutôt une manifestation de jalousie : “Quand quelqu’un n’a pas réussi dans sa vie, il souhaite la mort de celui qui travaille dans la famille pour hériter de ses biens. Aucune loi au monde n’autorise à maltraiter la veuve. Malheureusement, les concernées sont ignorantes des textes.”

Les sévices qu’elles subissent sont en effet réprimandés par la loi, comme le rappelle l’article 801 du Code de la famille : “Les sévices ou mauvais traitement exercés sur la veuve ou le veuf à l’occasion des cérémonies de deuil sont réprimés conformément aux dispositions du Code pénal.” Il revient donc ensuite aux magistrats de statuer.

Malgré les dispositions juridiques, les pesanteurs traditionnelles semblent encore avoir le dessus. “Nous savons que la loi est là, mais nous avons peur des représailles de la sorcellerie sur nous-mêmes et sur nos enfants, a expliqué la veuve Odile. Pour faire bloc face à ces pratiques lâches et déshonorantes, la veuve Joséphine a encouragé les femmes comme elle à se regrouper dans “une ‘association école’ pour discuter de leurs expériences et affûter leurs armes pour mieux défendre leurs droits.

Par Max Ferhynel Poudi

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