«Demain le soleil» : les lendemains qui déchantent en Sierra Leone

Ishmael Beah a marqué les esprits en racontant, en 2008, son incroyable histoire d’enfant soldat, rescapé de l’enfer de la guerre en Sierre Leone (Le chemin parcouru). Sept ans plus tard, celui qui vit aujourd’hui à New York a sorti son premier roman, Demain le soleil. S’il s’agit cette fois d’une fiction, le livre garde un lien fort avec son autobiographie, en s’intéressant à l’immédiat après-guerre.

Demain-Le-Soleil-Ishmael-BeahSans surprise, le retour des rescapés dans le village d’Imperi, sept ans après leur fuite désespérée, se fait dans la souffrance. Les traces de ces meurtres souvent commis par des enfants se retrouvent dans les maisons en grande partie détruites et surtout avec la découverte de restes de corps.

Les anciens, premiers arrivés sur les lieux, rentrés parce que le bonheur était malgré tout «impossible ailleurs», vont se charger de trouver un dernier repos aux victimes.

Peu à peu pourtant, l’improbable se produit : de nouveau, «les voix des enfants emplissent le village». Plus incroyable encore, Sila et ses enfants, amputés par un enfant soldat sur ordre d’un adulte, parviennent à cohabiter avec leur jeune tortionnaire, venu se repentir en veillant sur eux. On croit alors que Ishmael Beah nous raconte comment les horreurs d’une sanglante guerre civile peuvent appartenir au passé, combien les lendemains en Sierra Leone sont ensoleillés. On a tort.

Voilà qu’aux blessures des massacres s’ajoutent celles désormais infligées par les autorités sierra-léonnaises, qui sacrifient le bien-être de populations comme celle d’Imperi, à coups de corruption dans le monde de l’éducation et surtout du fait des droits accordés à des entrepreneurs étrangers pour qu’ils exploitent un gisement de rutile – «et qui dit rutile dit aussi présence de zircon, ilménite, bauxite et, dans le cas de la Sierra Leone, diamants», rappelle le narrateur.

Devenus les shérifs du village, des hommes représentant le capitalisme le plus honteux s’accompagnent d’une milice armée jusqu’aux dents, roulent à tombeau ouvert sur les sentiers empruntés par les enfants allant à l’école, polluent l’eau, violent des femmes, tuent des habitants qui ont voulu travailler dans les mines pour gagner plus d’argent.

Les villageois n’ont plus que leurs yeux pour pleurer : «Qu’y avait-il de plus violent que les pousser à croire qu’ils avaient de moins en moins de valeur chaque jour?». Au final, c’est bien cette paix corrompue. et non la guerre, qui chasse définitivement les villageois d’Imperi. Leur terre ne leur appartient plus; leur tradition et leur histoire en commun ont été englouties.

Certains choisissent de se rendre vers Freetown, la capitale «pleine à craquer». Là encore, les espoirs sont vite remplacés par les angoisses liées au manque d’argent. Les puissants (à commencer par les diamantaires) font toujours la loi.

Les autres n’ont qu’à espérer que le soleil viendra enfin demain. Et Ismael Beah de conclure, à travers la voix d’une jeune fille en train de raconter une histoire à sa famille: «Il leur reste à trouver le moyen de réparer leurs cœurs abîmés […] Voilà leur raison d’exister».

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