Tempête sur Bangui de Didier Kassaï 

Tempête sur Bangui est la dernière bande dessinée de l’illustrateur centrafricain Didier Kassaï. Publiée en France, par la maison d’édition La Boîte à bulles en octobre 2015, ce récit autobiographique composé à l’encre et à l’aquarelle est le fruit d’une collaboration avec l’ONG Amnesty International.

Illustrateur, caricaturiste et aquarelliste, Didier Kassaï est un autodidacte pour qui l’art est une affaire de famille. Le conflit en Centrafrique a obligé l’auteur, de confession chrétienne, et sa femme musulmane à se réfugier dans le sud de la ville, sur les berges du fleuve Oubangui.

Tempête sur Bangui de Didier KassaiL’encre, comme le sang, coule donc dans les veines de l’auteur qui a fait le choix de l’impartialité et dont le travail est aujourd’hui récompensé. Celui qui a pris l’art à bras le corps plutôt que les armes rêve en couleur d’un nouveau destin pour son pays.

« La bande dessinée est pour moi l’unique arme efficace. Tout mon souci est de faire du neuvième art un outil pour, à la fois, distraire, éduquer et dénoncer certaines pratiques néfastes ».

Sans foi, ni loi : Bangui à tout prix

Tempête sur Bangui plonge le lecteur dans le chaos de la République centrafricaine. Les turbulences politiques, dues aux coups d’État à répétition, ont épuisé la population qui, en décembre 2012, assiste à des affrontements d’une rare violence. Le conflit oppose les troupes de la FACA, fidèles au Président François Bozizé, et les rebelles de la Séléka, coalition de partis politiques et de forces rebelles composée de mercenaires tchadiens, libyens et soudanais.

En 2013, la lutte armée aux portes de la ville inaugure un récit apocalyptique qui n’épargne personne. Assassinats, vols, viols, corruption, pauvreté et haine raciale s’installent dans les terres de Bangui.

Une fois le conflit exposé, le lecteur fait la rencontre du narrateur. La tournure du récit devient plus personnelle puisque Didier Kassaï met en scène son quotidien. À mobylette ou à pied, le lecteur assiste avec émotion à l’obtention du premier contrat de l’illustrateur en France. On le suit fébrilement à travers la ville en feu, et on le retrouve avec soulagement auprès de sa famille.

Paradoxalement, le discours factuel se confronte à des images barbares. La force et la crédibilité du propos n’en sont que plus fortes.

Bangui la coquette

Sous le ciel jaune et lourd, l’auteur dessine le désordre de Bangui affectueusement surnommée « la coquette ». Les morts s’accumulent au rythme de jeux politiques qui ne connaissent qu’une seule patrie : le Pouvoir.

Le témoignage, s’il est amer, se veut parfois drôle. Subtilement, au détour d’une case, « La coquette » prend vie. Au Stade des 20 000 places ou encore chez la Mère Malou, la ville s’anime, se fait bruyante. Répit nostalgique et éphémère. Sans crier gare, les tirs, les cris et les larmes reprennent leurs droits.

Didier Kassaï offre donc une œuvre à la hauteur de son talent avec de beaux dessins, riches en couleurs, en sonorités et en expressions. Sa plume et sa volonté de conscientisation sont la force constante de son travail. Cette lecture courte et pédagogique est une découverte de la République centrafricaine à ne pas manquer.

Un deuxième tome, en préparation, évoquera la deuxième phase de cette crise et le cycle de violences et de représailles qui s’en est suivi.

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