Analphabètes déterminées à apprendre

A Brazzaville, les femmes n’hésitent plus à fréquenter les centres d’alphabétisation. Elles sont ainsi plus indépendantes dans leurs familles et dans leurs activités.

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“Par ignorance, j’ai donné à mon mari une lettre écrite par sa maîtresse !”, confie, avec un pincement au cœur, Alphonsine. Après cette humiliante mésaventure, cette ménagère de 54 ans, mariée et mère de 7 enfants, a décidé de s’inscrire dans un centre d’alphabétisation, à femme_congolaise.

Comme Alphonsine, bon nombre de femmes analphabètes fréquentent ces derniers temps ces centres, afin de combler leurs lacunes scolaires. Leurs objectifs sont multiples : s’affirmer dans leur couple, être plus indépendantes dans leurs activités (notamment le commerce), contribuer à l’éducation des enfants.

Certaines choisissent la méthode “Alpha Express” du Centre “Mama Elombé” (“Femme battante”) de Sainte-Marie de Ouenzé. Cette méthode permet notamment aux apprenantes du cours préparatoire, d’écrire correctement leurs noms au bout d’un mois.

Ce centre d’alphabétisation crée en 1990, “compte 685 apprenants dont 462 femmes (soit plus de 2 inscrits sur 3 !, Ndlr), âgées de 18 ans et plus, formées pour trois ans au primaire et quatre ans au secondaire”, détaille Jean Urbain Trankon, conseiller technique de l’alphabétisation et de la re-scolarisation de la circonscription scolaire de Ouenzé1.
Bien que public, ce centre ne bénéficie pas de l’appui de l’Etat. “Malgré la gratuité de l’Education pour tous (EPT), décrétée par le gouvernement congolais depuis 2013 (le Congo a souscrit aux objectifs de l’EPT dès la formalisation du Cadre d’action de Dakar en 2000, Ndlr), les locaux, les bancs et les craies viennent d’œuvres caritatives ou de prêtres.

Congo-Brazza-FlickrD’où les frais mensuels fixés à 1 500 Fcfa (2,30 €) et les inscriptions annuelles à 6 000 Fcfa (9 €), nécessaires au fonctionnement de ce centre”, rappelle le conseiller technique.

Lire la Bible, transférer de l’argent, etc.

Des contributions qui ne semblent pas mettre à mal la motivation des femmes qui n’ont pas eu la chance d’aller avant à l’école. Certaines ont même été répudiées par leurs maris pour cette raison… “Je me suis inscrite pour réparer ce handicap. Hélas, j’ai déjà perdu mon mariage”, explique une apprenante du cours moyen.

Mme Maniongui Kombo Gladys, 29 ans, mère de deux enfants, a elle la chance d’être soutenue par son époux : “Il m’a promis un travail de caissière et m’a inscrite aux cours du soir. Aujourd’hui, je peux déjà lire la notice médicale, lorsque je reviens de l’hôpital avec les enfants.”

Pour Colette Bikambi, apprenante en cours élémentaire, l’ignorance est surtout source d’indiscrétions : “Je suis commerçante. Malheureusement, lorsque je transfère de l’argent, jusqu’à maintenant, d’autres personnes remplissent les formulaires à ma place…” Raison de plus pour ne pas attendre pour rattraper son retard. A l’image d’Amandine Natacha Miénandi, 17 ans, en classe de CP : “J’aimerais être coiffeuse. Pour y arriver, il me faut avant tout une base en français.”

Au centre d’alphabétisation du Collège d’enseignement général (CEG) de la Paix, les motivations sont variées. “Les mamans âgées viennent pour apprendre à bien lire la Bible, observe Louisette Loubaki, directrice de ce centre, qui ne comprend que le cycle primaire avec trois niveaux.

“La méthode syllabique est donnée au CP, le programme officiel au niveau élémentaire et moyen. Les cours sont dispensés le soir trois fois par semaine pendant neuf mois. Toutefois, les coupures de courant à répétition perturbent le déroulement des cours”, précise madame Louisette. Une quinzaine de femmes seulement ont ainsi été formées jusqu’à présent dans ce collège.

Aujourd’hui, dans certaines écoles, l’enseignement des notions préliminaires se fait en langues nationales. Au fur et à mesure que l’apprenante évolue, ces langues sont remplacées par le français. Une façon de plus d’attirer, même tardivement, les mamans analphabètes à l’école.

Par Makoumbou Flore Michèle

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