Racines de Tiken Jah: survol du reggae d’hier à aujourd’hui

Tiken-Jah-3Il est 18h36 lorsque le téléphone du tonton Tiken Jah décroche à Bamako, capitale du Mali. «Il fait beau et chaud», confie le chanteur. Quelques semaines avant, l’auteur des albums African Révolution (2010) et Dernier appel (2014) a sorti Racines, un album de 11 classiques de reggae savamment orchestré.

Ce nouvel opus enregistré au Studio Tuff Gong de Kingston reprend les chansons de Bob Marley, Burning Spear, Peter Tosh, Buju Banton et a invité U-Roy, Max Romeo, Jah9 ou Ken Boothe alias Mr Rocksteady qu’on retrouve sur le tire Is It Because I’m Black ?

L’objectif, explique Tiken Jah, était triple : rendre hommage à l’âge d’or du reggae, continuer de contribuer à l’éveil des consciences et rappeler que les racines du reggae sont en Afrique. À ce propos l’artiste souligne à quel point il y a une proximité entre la Jamaïque ou a été enregistré l’opus et le continent noir.

Tiken-Jah«Les Jamaïcains sont venus d’Afrique. On a l’impression qu’on est dans une capitale africaine à Kingston», dit-il tout en se remémorant son premier voyage au pays de Bob Marley. Ambiance, atmosphère, cette façon particulière de braiser le poulet comme le poisson et aussi la manière d’écouter l’Afrique sont autant d’exemples.

«Les Jamaïcains se sentent Africains […] Malgré les siècles, ils n’ont rien lâché de l’Afrique», précise encore l’artiste en se rappelant les actions des gens comme Marcus Garvey (précurseur du panafricanisme et chantre de l’union des noirs du monde) et la visite de l’empereur éthiopien Hailé Selassié (1966) ou cette phrase célèbre de Bob Marley.

« Le reggae a beau être né en Jamaïque, il reviendra à sa source, en Afrique » – Bob Marley (1945-1981).

Tiken Jah reprend d’ailleurs son titre revendicateur Get up Stand up en ouverture de son album. Il reconnaît aussi que choisir les onze titres n’a pas été facile. N’empêche que ce sont des chansons qui restent d’actualité.

Il donne l’exemple d’African de Peter Tosh, «titre dans l’absolu qui me ressemble le plus», notamment parce qu’il aurait pu être écrit par l’auteur de la pièce Un Africain à Paris.

tiken-jah-fakoly-racinesL’Ivoirien reste convaincu que le reggae a pris sa vraie place sur le continent et ailleurs dans le monde, en ce sens qu’il promeut la liberté d’expression et plus encore pour la démocratie.

«Tant qu’on sera divisé, on n’avancera pas»

Pour son continent, il reste un éternel optimiste, un peu comme Martin Lither King et son «I have a dream» ou Barack Obama et son «Yes we can».

«Tout est possible», dit-il, persuadé que l’Afrique a toute les chances pour avoir une place prépondérante au concert des nations. «L’éducation, c’est la base», croit-il.

Il est d’avis que l’Afrique doit s’unir et parler d’une seule voix pour avoir une influence dans le monde, notamment grâce au rapport de force.

Tiken Jah insiste d’ailleurs sur la nécessité de réconcilier les fils d’Afrique. «Il faut avoir l’amour de son pays. Il faut savoir pardonner», donne-t-il comme conseil à ceux qui ont dû traverser la douloureuse expérience de la guerre.

Tiken-Jah-2En entrevue, il a d’ailleurs raconté comment en 2010, Alpha Blondy et lui se sont rabibochés avant d’entreprendre une tournée de réconciliation en Côte d’Ivoire. Le conflit entre les deux est derrière maintenant.

« Tout le monde doit savoir que la hache de guerre est enterrée. »

Pas étonnant d’ailleurs que la célèbre chanson Brigadier Safari se retrouve parmi les titres de l’album sorti chez Universal France. Tiken Jah Fakoly dit avoir eu du plaisir à la chanter.

Le public averti reconnaîtra la pâte de l’Ivoirien dans les réarrangements et les instruments mandingues (kora, ngoni, sokou, percussions), à l’image du splendide travail qu’il avait accompli sur l’album African Révolution plébiscité par les critiques et le public. À ce propos, il se réjoui de l’émergence d’un reggae typiquement africaine.

Photos: Facebook

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