« Je ne veux pas marcher seul »: oeuvre hybride qui donne voix aux innocents

JNVPMS7_creditAdrienneSurprenantMise en scène par Catherine Bourgeois, la pièce Je ne veux pas marcher seul a été présenté en novembre et décembre dernier. Au programme: innovation, diversité et art de la performance, pour cette œuvre qui propose un refus de toutes les barrières, notamment linguistiques, et un théâtre différent, multidisciplinaire et pluriculturel. Aux premières loges, Touki Montréal n’a rien manqué.

Cette représentation in situ de la compagnie Joe, Jack et John se jouait dans un loft semi-industriel, avec une estrade, des coulisses et des spots lumineux. Le tout semblait un peu vétuste, mais la salle était pleine et le lieu avait une énergie particulière.

Je ne veux pas marcher seul est la septième création du collectif Joe, Jack et John. Oeuvre écrite collectivement, elle se distingue comme une oeuvre hybride et convoque avec subtilité plusieurs arts de la scène : théâtre, musique, danse, slam et projections vidéo. C’est une oeuvre polyphonique qui donne une voix aux innocents, mais à tous les autres aussi.

JNVPMS6_creditAdrienneSurprenantLa metteuse en scène, Catherine Bourgeois, s’est inspirée de la mort d’un jeune homme noir, Trayvon Martin tué par balle par un patrouilleur-citoyen (George Zimmerman) en 2012, en Floride. Ce drame a ravivé le débat sur la xénophobie ordinaire et sur la perception de l’autre.

Au Québec, la Charte des valeurs québécoises a aussi orienté les discours de ces dernières années sur le traitement de la différence.

Catherine Bourgeois s’interroge donc sur un sentiment, un état que nous connaissons tous la peur. Autrefois réflexe de survie, la peur de l’autre est aujourd’hui montrée du doigt comme le résultat d’une ignorance profonde.

C’est un thème universel et la question de la sécurité personnelle fait d’ailleurs tragiquement l’actualité.  Les attentats de Paris ont d’ailleurs trouvé écho dans certains tableaux offerts au cours de la représentation. Du sang, des kalachnikovs et des victimes innocentes sont pris pour cible.

JNVPMS1_creditAdrienneSurprenantEdon Descollines, acteur principal d’origine haïtienne et déficient intellectuel, le chante très justement :

«Je me nomme Édon

L’innocent à la mauvaise place au mauvais moment »

La distribution de cette oeuvre est riche. En effet, les langues parlées – l’anglais, le français et le créole – ajoutent aussi une note à la musicalité générale de l’oeuvre.

Des interactions ponctuelles avec le public sont aussi amenées avec intelligence au cours de la performance. La valeur ajoutée de ces échanges est indéniable puisqu’ils amènent le spectateur à s’interroger sur leurs propres peurs et sur le regard d’autrui.

Une performance épatante !

Crédit photos: Adrienne Surprenant. 

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