Le mariage de plaisir de Tahar Ben Jelloun

Publié chez Gallimard, Le mariage de plaisir de Tahar Ben Jelloun est incursion puissante de celui qui est maintenant membre de l’Académie Goncourt dans le racisme au quotidien qui sévit dans la société marocaine, et ce, d’hier à aujourd’hui.

Tahar-Ben-JellounC’est en réalité l’histoire d’Amir, un commerçant issu d’une des famille ancienne de Fès (fassi), marié comme le veut la tradition et père de quatre enfants. Une fois de temps en temps, il doit prendre la route pour Dakar toujours pour ses affaires.

Comme le veut également une drôle d’habitude de la culture et surtout de la religion musulmane, Amir a la possibilité de prendre une épouse pendant son voyage pour éviter la tentation et surtout les femmes de peu de vertus (entendu prostituées). C’est ce qu’on appelle le « mariage de plaisir »!

Amir va se prévaloir de ce droit et va donc prendre une locale, une sublime Peule (Noir) de Dakar, qui lui fait découvrir un autre pan caché de la vie à deux…

Il finira par tomber amoureux de la belle Nabou et décide, cette fois, à contre-courant dans meurs de l’époque, de la ramener auprès de sa première femme : la Blanche Lalla Fatma.

Mariage-Plaisir-GallimardComme le lecteur l’apprendra, la situation va tourner vinaigre et il faudra toute la grande âme de Karim, fils trisomique d’Amir et non moins intelligent, pour que les aléas et les difficultés de la vie d’un Noir au royaume chérifien soient plus facilement encaissables.

« Le voyage du Sénégal au Maroc que Salim, le petit-fils d’Amir, fait dans les années 2000 est bien plus dramatique que le voyage de son grand-père un demi-siècle plus tôt, dans un autre Maroc, plus violent, plus terrifiant.»

Tahar Benjelloun met le doigt sur un sujet bien sensible: la présence des Noirs dans la société marocaine, des esclaves à l’aïeule du roi Hassan II, en passant par tous les karlouches qui pullulent dans le royaume.

Tahar-Ben-Jelloun-02Si le roman s’ancre dès le départ peu avant la décennie des indépendances africaines, l’histoire des Marocains à la peau sombre n’a guère vraiment évoluée, illustre bien l’auteur. De Nabou à se deux fils blanc et noir, Houcine et Hassan, jusqu’à Salim, fils de ce dernier qui entreprendra sans le vouloir le chemin inverse, de Fès à Dakar.

L’auteur, prix Goncourt en 1987 pour La nuit sacrée, propose un roman lumineux qui parle d’amour véritable, celui-là même qui n’est pas facile à vivre. Il y aussi dans cet ouvrage une analyse sociologique.

«Oui, parce que le racisme est cruel, il est partout, personne n’y échappe. Né d’une histoire d’amour, l’un des jumeaux va connaître une histoire de rejet. Le blanc va réussir, plaire, s’enrichir. Le noir connaîtra une vie médiocre, des échecs, des drames, et ce sera pire pour son fils Salim, jusqu’à mourir à la place de son père.
Ce roman est une fiction totale, où malheureusement rien n’est inventé. »

 

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