Kanye West au Centre Bell: Yeezy au sommet de son art

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Pour certains, c’est un génie. Pour d’autres, c’est un être mégalomane, dont le talent est totalement surévalué. Qu’on l’aime ou pas, Kanye West laisse rarement les gens indifférents. Et lors de son passage au Centre Bell de Montréal, le 2 septembre dernier, dans le cadre de sa tournée «Saint Pablo», on peut dire d’emblée que le célèbre rappeur de Chicago a fait forte impression. Récit.

Il est exactement 20h47 lorsque Kanye West prend le micro sous les applaudissements et les cris d’un public enthousiaste. Quelques minutes auparavant, alors qu’il se faisait désirer, une ambiance quasiment surnaturelle, voire ésotérique, flottait dans l’enceinte du Centre Bell grâce à une lugubre musique d’ambiance.

Lorsqu’il décide donc de monter sur scène, c’est dans l’ombre que Yeezy interprète «Father Stretch My Hands Pt. 1» et «Pt. 2», issus de son plus récent album «The Life Of Pablo» sorti plus tôt cette année. Lorsque les lumières s’allument enfin, c’est sur une modeste scène rectangulaire suspendue au-dessus du parterre que le rappeur de 39 ans apparaît, au milieu d’un nuage de fumée.

Un Dieu au-dessus de ses fidèles

Tout au long de son spectacle, Kanye West a livré une solide performance sur cette plateforme mouvante comme un Dieu survolant son flot de fidèles. On se souvient qu’il avait signé le titre «I Am God» sur son avant-dernier album «Yeezus». Mégalomane? Égocentrique? Un peu (beaucoup) des deux, assurément.

Par mesure de sécurité, le rappeur était attaché à un câble fixé au milieu de la scène. Certains y ont vu l’image d’un cordon ombilical qui le rattache à la scène (et à son public?)… Personnellement, j’ai plutôt associé ce câble à une chaîne qui le retient prisonnier de son art, quand on sait à quel point «Mr. West» est un éternel perfectionniste.

Lorsque les premières notes de «Famous» ont résonné dans le Centre Bell, le public n’a pas caché son enthousiasme en reprenant en choeur les paroles controversées «I made that b*tch famous» qui font référence à la chanteuse Taylor Swift. Le party était lancé et il allait durer un peu plus d’une heure trente sans interruption.

La part belle à ses anciens succès

En plus de ses morceaux plus récents comme «Wolves», «I Love Kanye», «All Day» ou encore «Pop Style» en duo avec Drake, Kanye West a fait la part belle à ses anciens succès.

De «Niggas In Paris», extrait de «Watch The Throne», son album collaboratif avec Jay Z, aux puissants «Power», «All Of The Light», «Stronger» en passant par le tonitruant «Gold Digger» avec Jamie Foxx, le rappeur a su autant satisfaire ses nouveaux admirateurs que ceux qui le suivent de longue date. En tout, le rappeur a enchaîné plus d’une trentaine de titres issus de son répertoire.

Tantôt enflammé, tantôt plus calme et introspectif, Kanye West n’a rien perdu à son «flow» plein de mordant. À quelques occasions, on pouvait sentir un peu de nonchalance de la part de celui qu’on surnomme Yeezy. Mais c’était pour repartir de plus belle par la suite.

Le spectacle s’est clôturé sur l’envoûtant «Ultralight Beam» et ses émouvants choeurs gospels. Cette pièce-maîtresse de l’album «The Life Of Pablo» a résonné en boucle alors que Kanye West amorçait sa sortie de scène. Rien de bien extravagant, par contre.

La plateforme flottante s’est contentée de descendre au niveau du sol (les membres de la sécurité ont bien veillé à ce que personne dans le public ne soit blessé) et l’artiste s’est tout simplement dirigé vers la sortie, en prenant bien soin de faire quelques selfies sur son passage.

Un personnage plus grand que nature

Le public n’a eu droit ni à un «au revoir» ni à un «merci Montréal» de la part de l’artiste. Certains s’en sont offusqués. D’autres, et c’est mon cas, ont plutôt vu ce manque de communication avec son public comme faisant partie du personnage qui, avouons-le, est plus grand que nature.

L’un des éléments les plus étonnants de ce spectacle était la capacité de Kanye West de se mettre en retrait pour se concentrer sur ses créations. La mise en scène paradoxalement minimaliste et grandiloquente avec ses jeux de lumière rappelant «Rencontre du troisième type» ou «Blade Runner» a par moment éclipsé la prestation de l’artiste.

Mais comme avec Kanye West, tout est question de paradoxes, tout cela n’a fait que renforcer son aura de celui qui se compare souvent aux plus grands.

«Oh mon Dieu, je meurs! C’est le meilleur spectacle que j’ai vu de ma vie», a lancé une spectatrice très enthousiaste, au bord des larmes, lorsque les lumières se sont rallumées. Était-ce le meilleur concert de ma vie? Non, mais c’était assurément l’un meilleurs et des plus originaux qu’il m’a été de voir jusqu’à présent.

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