«Leila’s Death» : Montréal gagnée par l’ataba

Présenté dans différentes régions du monde (France, Liban, États-Unis, bientôt en Belgique) ces derniers mois, Leila’s Death s’est arrêté au Québec le temps de deux soirs, les 23 et 24 septembre, au Montréal, arts interculturels.

Pour cet hommage à une tradition chiite (l’ataba, qu’on traduira par complainte ou chant des reproches), le jeune chorégraphe libanais Ali Chahrour a voulu un décor réduit à l’essentiel : un tapis, quelques chaises, des instruments de musique et des pétales de roses. Sur scène, Leila (Leila Chahrour, dont la mère était la cousine du père d’Ali), femme d’une cinquantaine d’années, commence par se raconter: sa vie avec sa famille, son mariage puis les morts qui ont commencé à se multiplier.

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© Marco Pinerelli

Cette «pleureuse professionnelle» de Beyrouth est habituellement employée par les familles pour vanter leurs proches décédés. Elle sait mieux que personne trouver les vers et les chants rendant hommage au disparu. Mais l’ataba revêt cette fois une dimension personnelle.

Leila chante et danse, accompagnée parfois de ses trois fils, dont deux d’entre eux sont également les musiciens du spectacle (Abed Kobeissi et Ali Hout). Le dernier (Ali Chahrour lui-même), d’abord personnage secondaire, devient bientôt le centre de l’attention de Leila qui enchaîne les processions et poèmes pour l’enfant mort célébré comme martyr.

Ce spectacle en arabe – avec des sous-titres en français projetés à l’arrière de la scène – sans aucun doute, en déconcerte plus d’un, sans qu’il n’y ait rien de péjoratif dans cette sensation. On se trouve face à une culture méconnue de la plupart en Occident. Une culture que les nouvelles générations de Libanais pourraient eux-mêmes bientôt ignorer, puisque les pleureuses sont de moins en moins nombreuses.

Néanmoins, la mise en scène d’Ali Chahrour captive par son intensité et son esthétisme, le tout magnifié par le talent des musiciens. À ce titre, l’affrontement fusionnel, voire oedipien, entre la mère et le fils, où celui-ci finit par se frapper, ainsi que la danse des quatre personnages qui clôt le spectacle constituent deux des scènes les plus fortes.

On reste également marqué par les «peintures vivantes», ces tableaux qui prennent corps le temps de quelques secondes, telle cette «Pietà» où Leila accroupie tient dans ses bras le corps de son fils. Elle rappelle qu’il y a peu de choses aussi touchantes qu’une mère qui pleure son enfant.

 

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