«Djihad»: une pièce qui met un visage sur ceux qui partent en Syrie

djihad-theatre-03-facebookAprès avoir été plébiscitée en Belgique et en France, la pièce de théâtre Djihad du Belge Ismaël Saidi a posé ses valises à la Cinquième Salle de la place des Arts de Montréal, les 1er et 2 novembre. Dans cette pièce coup-de-poing, l’auteur et acteur met en scène trois jeunes paumés bruxellois qui décident de partir faire le djihad en Syrie.

Ben, Reda et Ismaël sont trois jeunes hommes qui n’ont pas trouvé leur place dans leur pays, la Belgique. Fils d’immigrants, ils se sentent comme des citoyens de seconde zone dans un pays envers lequel leurs parents avaient pourtant porté beaucoup d’espoirs.

«Quoi qu’on fasse, on sera toujours différents aux yeux des autres (…) alors, mon gars, le pays ne me manque pas», lance l’un des trois protagonistes de la pièce alors qu’ils sont déjà en Syrie. À ce moment-là du récit, les trois compères commencent à se poser de sérieuses questions à propos de leurs motivations pour aller combattre «les mécréants» aux côtés de leurs «frères» djihadistes.

Des jeunes et leurs contradictions

Victimes d’exclusion et d’un manque de volonté pour leur «intégration» dans un pays qui est pourtant le leur, les trois jeunes se laissent convaincre et vont aller combattre au nom d’Allah. Sauf qu’aucun d’entre eux n’a lu le Coran et ne sait pas vraiment ce qu’est l’Islam…

Dans cette pièce, l’auteur Ismaël Saidi (qui joue aussi le rôle d’Ismaël, un jeune homme vif d’esprit et sarcastique) montre de façon très habile les contradictions auxquelles doivent faire face ces trois jeunes musulmans.

Ben est un grand amateur de musique, et d’Elvis Presley en particulier. Il n’aime pas les Juifs (Elvis était de descendance juive par son arrière-arrière-grand-mère). Et surtout, la musique c’est «haram» (un péché) d’après ce qu’il a entendu dire.

djihad-theatre-02-facebookIsmaël rêve de dessiner des mangas, mais d’après son interprétation du Coran (qu’il n’a pas lu), dessiner c’est un péché. Reda, quant à lui, noie son chagrin dans l’alcool parce qu’il ne peut pas épouser Valérie, l’amour de sa vie, une non-musulmane.

Rire des préjugés et du dogmatisme

Dans leur périple, ils vont rencontrer Michel, un arabe chrétien qui leur fera prendre conscience que des hommes restent des hommes, de chair et de sang, et que ce n’est pas une religion qui va rendre un homme bon ou mauvais.

Tantôt drôle, parfois poignante, la pièce rit de tout: du racisme, des préjugés, de l’ignorance, du dogmatisme. «La culture reste le dernier rempart à l’obscurantisme», a expliqué Ismaël Saidi lors d’une période de questions/réponses après la représentation.

Djihad est, avec raison, «une pièce à vocation citoyenne» comme le disait récemment l’islamologue franco-marocain Rachid Benzine dans un article du quotidien français «Le Monde». Certes, elle met un visage sur ces jeunes radicalisés qui font les manchettes depuis les séries d’attentats djihadistes en France, en Belgique et aussi au Canada.

On voit les mécanismes qui les ont poussés à faire la guerre au nom de la religion. On voit les êtres humains qui se cachent derrière les photos qui font les unes des quotidiens et des journaux télévisés.

djihad-theatre-01-facebookMais elle jette aussi en pleine face à la population «de souche» et blanche (qu’ils soient Belges, Français ou Québécois) à quel point certaines franges de la population (ici des musulmans) sont marginalisées et ont du mal à trouver leur place dans une société qui est censée être la leur.

Une réponse aux propos de Marine Le Pen

Cette pièce, Ismaël Saidi l’a écrite en 2014 après avoir entendu Marine Le Pen, présidente du Front national en France, dire que «les départs des jeunes en Syrie ne posent pas de problèmes tant qu’ils ne reviennent pas».

Il s’est basé sur son expérience personnelle dans le processus d’écriture. Il est lui-même fils d’immigrants marocains musulmans et a grandi à Schaerbeek, une commune pauvre de Bruxelles.

Il a connu le racisme. Adolescent, alors qu’il était en quête d’identité, il est passé à deux doigts de la radicalisation. À l’époque, c’était en Afghanistan qu’on allait faire le djihad. Aujourd’hui, c’est en Syrie. Mais le processus reste le même. «Dans cette pièce, tout est vrai, sauf le départ en Syrie», a-t-il tenu à préciser.

Après avoir vu la pièce Djihad, on comprend pourquoi elle a suscité autant d’engouement. Grâce à elle, Ismaël Saidi tente de faire tomber les murs entre les communautés et aspire à un meilleur «vivre ensemble». Le chemin est encore long avant qu’on y arrive, mais au moins, la discussion est lancée.

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