Vues d’Afrique:la genèse de Boko Haram dans un documentaire-choc

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Dans son documentaire «Boko Haram: les origines du mal», présenté à Vues d’Afrique, le reporter de guerre et réalisateur Xavier Muntz montre de façon convaincante et bien documentée comment cette secte nigériane est devenue l’un des groupes terroristes les plus meurtriers au monde.

BOKO-HARAM-Origine-MalEn 2015, Muntz avait foulé le sol de l’Irak pour réaliser l’excellent documentaire Encerclés par l’État islamique, dans lequel des Kurdes lançaient l’offensive contre des djihadistes de l’État islamique. Cette fois-ci, le journaliste français nous emmène à Maiduguri, capitale de l’État du Borno, dans le nord-est du Nigeria, le berceau de Boko Haram.

Il est bien entendu question de l’enlèvement des 276 lycéennes par l’organisation terroriste dans la région de Chibok, dans le nord-est du Nigeria, qui avait soulevé l’indignation internationale en avril 2014, et qui avait entraîné la création du mouvement #BringBackOurGirls (rendez-nous nos filles), relayé, notamment, par Michelle Obama.

Toutefois, le film documentaire remonte jusqu’en 2002, pour retracer de façon quasiment chirurgicale la création et l’évolution de Boko Haram. De secte islamiste fondée par le charismatique Mohamed Yousuf, Boko Haram devient à partir de 2009 une dangereuse organisation terroriste lorsqu’Abubakar Shekau, un farouche opposant à la civilisation occidentale, arrive à sa tête (Boko Haram peut se traduire par «l’éducation occidentale est un péché»).

Classique mais efficace

Dans la forme, Boko Haram: les origines du mal est un documentaire très classique. Il mêle des entrevues (des experts locaux et internationaux, des victimes de Boko Haram, un sympathisant djihadiste…) et des images d’archives, parfois insoutenables, comme la vidéo non censurée du cadavre très mal en point de Mohamed Yousuf après son exécution, en 2009, ou les violentes images des exécutions réalisées par l’armée nigériane peu après.

L’efficacité de ce moyen métrage de 50 minutes est toutefois redoutable, tant il nous apprend dans quel contexte ce mouvement est né peu après le retour de la démocratie, en 1999, alors que la population locale, écrasée par la pauvreté, voulait une meilleure répartition des richesses ainsi que la fin de la corruption parmi les élites politiques.

Le documentaire met également en lumière, outre les exactions de Boko Haram, la part de responsabilité de l’armée nigériane dans le conflit qui a fait plus de 32 000 morts, des centaines de milliers de réfugiés et plus de deux millions de personnes déplacées au Nigeria, mais aussi dans les pays limitrophes que sont le Cameroun, le Niger et le Tchad.

«On ne peut pas comprendre la violence de Boko Haram si on méconnaît celle que l’armée a exercée pour le combattre dans l’État de Borno… Les militaires représentent autant une cause du problème qu’une solution. On leur attribue près de la moitié des 32 000 morts de civils recensées depuis le début du conflit », a expliqué Xavier Muntz au journal français «Le Monde».

Le visionnement de ce documentaire prouve à quel point nous en savons bien peu sur Boko Haram, malgré le fait que l’organisation terroriste ait été si médiatisée au cours des dernières années.

 

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