«Enlevée par Boko Haram»: mariée de force et violée à 14 ans

Dans son ouvrage «Enlevée par Boko Haram», sorti en 2016 aux éditions Michel Lafon, la journaliste française Mina Kaci a recueilli le récit bouleversant de la jeune Assiatou, collégienne nigériane de 14 ans, qui a été enlevée puis mariée de force par l’organisation terroriste. Touki Montréal vous livre sa critique du livre.

«Plutôt mourir que de rester avec les soldats de Boko Haram qui font la guerre au nom de l’islam. Au nom de ma religion. Plutôt mourir que de vivre avec celui que l’on m’a présenté comme «mon mari». Cet homme barbare qui a l’âge de mon père. Ce monstre qui m’a contrainte à des noces barbares. Je ne lui pardonnerai jamais de m’avoir volé ma virginité. Je le maudirai toute ma vie.»

Enlevee_par_Boko_Haram_hdLe 24 novembre 2014, le destin d’Assiatou (nom d’emprunt), 14 ans, va basculer, lorsque Boko Haram vient détruire sa ville, Damasak, dans l’État du Borno, dans le nord-est du Nigeria. Elle fait alors partie des quelque 2000 personnes enlevées par la secte djihadiste depuis le début de 2014, si l’on se fie aux données d’Amnesty International.

Mariée de force, comme un bon nombre de fillettes enlevées par Boko Haram, Assiatou est violée et maltraitée par son «mari». Par la suite, elle ne vit que pour une seule chose: s’échapper des griffes de son bourreau pour revoir sa famille. Elle y parviendra avec d’autres jeunes femmes, qui ont été enlevées comme elle.

Mais à son retour auprès de sa famille, le plus dur reste à faire: se reconstruire après avoir subi tant de sévices à un si jeune âge. D’abord peu bavarde lors de sa première rencontre avec Mina Kaci, Assiatou va ouvrir son coeur à la journaliste de «L’Humanité». Des rencontres qui ont presque eu un effet thérapeutique sur la jeune fille.

«Avant de pouvoir parler, Assiatou était son passé. Un passé qui la rongeait de l’intérieur. Elle s’est libérée en racontant son histoire. (…) Un passé qu’elle ne pourrait, certes, jamais oublier. Mais un passé qu’elle pouvait désormais nommer et insérer dans son histoire pour décider de sa vie», écrit Mina Kaci dans le chapitre d’introduction de son ouvrage.

Un calvaire à la limite du supportable

Dans le premier chapitre, on découvre la vie paisible qu’Assiatou mène dans sa ville natale de Damasak, entourée de sa famille, dont elle est très proche, et de ses fidèles amies Bintou et Maimouna. Par la suite, le lecteur suit le calvaire de la jeune fille de façon extrêmement précise: l’attaque de sa ville, son enlèvement, les maltraitances, le mariage forcé, le viol lors de sa nuit de noces, sa fuite, ses retrouvailles avec ses proches et sa reconstruction.

«Le viol, le premier surtout, ne cesse de cogner dans ma tête. La mémoire me ramène sans répit sur le lieu du crime. Un mot, une odeur, un bruit, un détail (…) je replonge dans l’ignominie, l’indicible. (…) Le viol vient me torturer chaque soir. Condamnée à revivre le cauchemar. Le traumatisme n’a pas d’âge. Il ronge. Il nargue…», se remémore la jeune Nigériane.

Le récit d’Assiatou est très dur, parfois à la limite du supportable. Mais son témoignage est également celui d’une jeune fille de caractère, intelligente et très déterminée pour s’en sortir et devenir une femme respectable et respectée. Et cela, malgré le fait qu’elle ait été victime de viol, un crime qui reste tabou dans la société nigériane, comme dans beaucoup d’autres pays d’ailleurs, dont les victimes sont stigmatisées et étouffées par la honte.

À la fin de l’ouvrage, la jeune fille dit avec conviction que l’école demeure sa seule priorité. Elle vise des études de médecine. «Je m’y accroche pour, un jour, devenir une grande personne, avec de l’instruction et du savoir. Ainsi, je pourrai empêcher d’autres gens de se muer en Boko Haram», a-t-elle expliqué.

Assiatou fait partie de ces femmes courageuses et inspirantes desquelles nous avons tous quelque chose à apprendre, malgré son jeune âge. Son récit mérite réellement d’être lu.

«Enlevée par Boko Haram», Assiatou et Mina Kaci, Michel Lafon, 2016.

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