«Black Panther»: un film historique et magnifiquement noir

Panthère noire (Black Panther), le 18e film de l’univers cinématographique de Marvel, a enfin débarqué sur nos écrans. Énorme succès au box-office mondial depuis sa sortie, le troisième long métrage de Ryan Coogler, à qui l’on doit Fruitvale Station et Creed, est une vraie réussite. Voici notre critique et analyse (sans spoilers).

De film-événement très attendu (le long métrage avait battu un record de prévente de billets quelques semaines à sa sortie), Black Panther est devenu un véritable phénomène de société aux États-Unis et autour du globe.

Le film a engrangé plus de 242 millions $ aux États-Unis au cours de ses quatre premiers jours d’exploitation (plus de 184 millions $ à l’étranger).

Ces chiffres impressionnants permettent à Black Panther d’effectuer le deuxième meilleur démarrage de tous les temps sur le sol américain lors d’un week-end de quatre jours, juste derrière Star Wars : le réveil de la force.

Dans la presse et sur les médias sociaux, l’engouement pour le film est réel. Les critiques sont unanimes et dithyrambiques. Sur le site de Rotten Tomatoes, le long métrage obtient une impressionnante note de 97 %, la meilleure jamais obtenue pour un film de super-héros.

Selon le magazine Time, «Hollywood n’a jamais produit un blockbuster aussi magnifiquement noir». Des mots-clés comme #blackpanther et #wakanda font un tabac sur Twitter depuis la sortie du film.

Le mouvement «Black Panther» est donc en marche. Mais pourquoi un tel engouement?

Les super-héros noirs, une espèce rare?

Petite mise au point, tout d’abord. Contrairement à ce qui se dit un peu partout, le personnage de Black Panther, incarné par Chadwick Boseman, n’est pas le premier super-héros noir à tenir la tête d’affiche d’un film hollywoodien. Avant lui, Wesley Snipes avait enfilé le costume de l’impitoyable chasseur de vampires Blade, un autre héros noir issu de l’univers Marvel, dans une trilogie palpitante remplie d’hémoglobine.

Il y également eu Halle Berry qui s’était glissée dans le costume en latex de Catwoman en 2004 (l’actrice est également connue pour avoir incarné Storm dans la franchise X-Men). Le basketteur Shaquille O’Neal avait montré son manque de talent d’acteur dans Steel (1997), adaptation d’une BD de DC Comics. C’est sans oublier Will Smith dans Hancock ou encore la comédie loufoque The Meteor Man en 1993 (ces deux super-héros ne proviennent toutefois pas de bandes dessinées).

Ce qui rend toutefois Black Panther différent des films cités plus haut, c’est qu’il est le premier film de super-héros ayant une distribution majoritairement noire et réalisé par un Afro-américain. Cela constitue une véritable révolution dans l’univers des films de super-héros, majoritairement dominé par des acteurs et réalisateurs blancs. 

Place aux femmes dans un casting cinq étoiles

La distribution de Black Panther est l’une des principales forces du film. Chadwick Boseman, notamment connu pour avoir incarné James Brown dans Get on Up et le joueur de baseball Jackie Robinson dans 42, en met plein la vue dans le rôle de T’Challa, alias Black Panther. Il est drôle, confiant, vulnérable, réfléchi et incroyablement athlétique. Mais le héros du film fait parfois pâle figure au milieu d’une panoplie de personnages, surtout féminins, charismatiques et hauts en couleur.

T’Challa, qui devient le nouveau monarque du faste royaume fictif de Wakanda après la mort de son père, est entouré de femmes. Pas du tout à la manière d’un James Bond qui accumule les conquêtes. Non. 

Dans le royaume de Black Panther, les femmes tiennent un rôle central dans l’histoire sans être sexualisées. Elles ont leur mot à dire. On leur demande leur avis. Elles participent à l’action. Par exemple, la reine de Wakanda et mère de T’Challa, interprétée par Angela Bassett, est une femme respectée vers qui on se dirige lorsqu’il est question d’avoir des conseils.

Lupita Nyong’o, oscarisée pour son rôle dans 12 Years a Slave en 2014, détonne dans les souliers de Nianka, espionne et redoutable combattante qui dévoue sa vie pour venir en aide aux femmes sur le continent africain. Elle est, accessoirement, l’ancienne flamme de Black Panther. Cet aspect de l’histoire reste très secondaire, car l’accent est mis avant tout sur son côté indépendant et sa forte et complexe personnalité.

La vraie vedette du film, c’est Shuri, la sœur cadette de T’Challa et princesse de Wakanda. Incarnée à l’écran par la Britannique Letitia Wright, Shuri est une ingénieure surdouée de 16 ans, férue de sciences et de technologies.

C’est elle qui fabrique tous les gadgets de son super-héros de grand-frère, à la manière de Q dans les James Bond. Et son frère lui fait entièrement confiance. Drôle et intelligente, on lui doit certaines des répliques les plus mordantes du film. Comme la fois où elle appelle l’un des seuls hommes blancs du film le «colonisateur»…

Petite mention spéciale néanmoins pour le personnage d’Okoye, la générale des Dora Milaje, l’armée royale 100 % féminine de Wakanda. Campée par Danai Gurira («The Walking Dead»), Okoye plaît pour sa force de caractère, sa détermination et sa fierté d’être wakandaise. Un personnage de guerrière «badass» qui arrive tout de même à cultiver sa féminité et qui préfère son crâne rasé aux perruques « ridicules » de cheveux caucasiens.

Un ennemi complexe et torturé

Du côté des hommes, le phénoménal Michael B. Jordan, un collaborateur de longue date de Ryan Coogler (il tient les rôles principaux dans les deux premiers films du réalisateur), se glisse aisément dans la peau d’Erik «Killmonger» Stevens.

C’est un méchant à l’âme torturée, assoiffé de vengeance (en dire plus serait gâcher un trop gros pan de l’histoire). Les motivations de ce personnage, éminemment personnelles et politiques, en font un personnage complexe auquel on peut s’identifier. On pourrait facilement classer Killmonger parmi les méchants les plus intéressants des films de Marvel.

Le vétéran Forest Whitaker tient aussi un rôle important. Tout comme Sterling K. Brown, héros de la série This Is Us, dont la participation dans le long métrage a été jalousement gardée jusqu’à sa sortie.

Daniel Kaluuya, qu’on a découvert l’an passé dans Get Out, campe le rôle du fidèle conseiller du roi de Wakanda. Alors que le nouveau venu Winston Duke, qui joue M’Baku, le chef de la tribu Jabari, incarne à la perfection l’ambitieux rival de T’Challa. Bref, un vrai casting cinq étoiles.

Au-delà du film de super-héros

Black Panther est un film de super-héros. Et qui dit super-héros, dit action. Le long métrage de Ryan Coogler regorge de scènes d’action mémorables, comme l’incroyable scène de combat dans un casino, la palpitante course poursuite dans les rues de Busan, en Corée du Sud, ou encore ce majestueux combat entre armées opposées qui font penser au film 300. « Black Panther est donc un bon film d’action aux effets spéciaux spectaculaires qui ravira les amateurs du genre.

Mais au-delà du divertissement pur et dur, ce qui fait la plus grande réussite du film, ce sont les idées qu’il véhicule. On pourrait sans aucun mal l’estampiller de film féministe.

Comme nous l’avons vu un peu plus haut, les femmes y tiennent des rôles centraux. Elles sont intelligentes, puissantes, et sont mises sur un même pied d’égalité avec les hommes. Elles ont très souvent le dernier mot. Les femmes, plus particulièrement les femmes noires dans ce film, sont les seules maîtresses de leur destinée. C’est une vraie bouffée d’air frais dans un genre dominé par les hommes.

«Au Wakanda, les femmes ont la possibilité de montrer et d’assumer leur pouvoir et de se réaliser pleinement, sans que les hommes ne se sentent menacés. Ils s’épaulent mutuellement. C’est ce que le monde avait besoin de voir», a expliqué l’actrice Lupita Nyong’o dans l’émission « The View », peu après la sortie du film.

«Les super-héros peuvent être de toutes les couleurs»

L’autre aspect primordial de ce film est la question de la représentation des personnes noires à l’écran. Le manque de diversité dans les films hollywoodiens, notamment les blockbusters, est souvent décrié, même si la situation tend à s’améliorer au fil des années.

Dans l’univers des films actuels de super-héros (Marvel et DC Comics confondus), Black Panther est un véritable contre-pied à une certaine hégémonie des personnages blancs, établis comme la «norme».

Dans un récent article du Time, le journaliste Jalil Smith explique pourquoi ce film de Marvel est si important pour le communauté noire. D’après lui, la culture et les médias de masse montrent aux personnes blanches «des versions illimitées d’elles-mêmes», alors que ceux qui ne sont pas blancs ont beaucoup plus de mal à se voir de la même manière sur les écrans, dans les médias, dans la culture en général. Les personnages noirs étant trop souvent caricaturés et unidimensionnels.

La grande diversité du panel de personnages dans Black Panther montre des femmes et hommes noir.es aux différentes facettes.

C’est un long métrage qui montre aux jeunes filles et garçons noir.es des héros et héroïnes qui leur ressemblent. «Grâce à “Black Panther”, les petits garçons et les petites filles, peu importe leur couleur, comprendront que les super-héros peuvent être de toutes les couleurs. Ils ne l’ont pas toujours su», a très justement souligné l’actrice Whoopi Goldberg, une grande amatrice de «comics», dans son émission The View.

«Je n’ai pas eu ce genre de film quand j’étais petit. Pour moi, c’est très important», a pour sa part expliqué Chadwick Boseman, l’interprète de Black Panther, dans Good Morning America.

Dans cette même émission, Lupita Nyong’o a fait savoir qu’elle espérait qu’il y aura un changement de paradigme après le phénomène «Black Panther». «C’est définitivement un film pour les jeunes noir.es qui ne se voient pas dans des films de super-héros. Pour ma part, j’ai été capable de m’identifier avec des super-héros blancs durant toute ma vie. Je pense qu’il est temps que le contraire devienne vrai», a espéré l’actrice mexicano-kényane.

L’Afrique célébrée et vue sous un regard positif

Rarement on a vu l’Afrique être célébrée de façon aussi positive dans un film hollywoodien. Le royaume de Black Panther, le Wakanda, est un pays africain fictif. C’est la nation la plus technologiquement avancée de la planète grâce au vibranium, un métal (imaginaire), qui est une très puissante source d’énergie.

Le Wakanda n’a connu ni l’horreur de la colonisation, ni la cruauté de l’esclavage grâce à un puissant bouclier boosté au vibranium qui le rend invisible du reste du monde. C’est un pays puissant, souverain de ses richesses, dont le peuple est fier et très attaché aux traditions. Un pays qui s’est développé et prospéré sans l’influence de l’Occident. Par le biais du Wakanda, «Black Panther» réimagine en quelque sorte ce qu’aurait pu devenir le continent africain, sans l’arrivée des colonisateurs européens.

«Ce qui rend le Wakanda si spécial, c’est qu’il n’a jamais été colonisé. Ce qu’on peut voir, c’est ce qui aurait pu être possible [sans la colonisation]. L’Afrique aurait pu se développer par elle-même et pour elle-même, a expliqué Lupita Nyong’o. C’est tellement libérateur [de voir l’Afrique célébrée dans le film]. C’est un continent d’une très grande richesse, mais qui a été attaqué, abusé et exploité. Le colonialisme a réécrit et changé notre histoire.»

Des costumes et des coiffes grandioses inspirés de diverses cultures de différents pays africains (les Ashanti, les Zulu, le Royaume de Dahomey…), des architectures aussi futuristes que traditionnelles (imaginez des gratte-ciel hyper futuristes ayant des toits en paille de huttes traditionnelles et vous aurez la vision afro-futuriste du Wakanda), des personnages qui parlent le Xhosa (l’une des onze langues sud-africaines) et dont l’anglais est teinté d’un accent « africain »… Tout cela, vous le retrouvez dans Black Panther.

Une vision diversifiée de l’Africanité

Même si le Wakanda n’existe pas, les créateurs du film se sont assurés que tout ce que le spectateur va voir et entendre dans le film soit authentiquement africain. On aurait pu craindre le pire. Mais tout a été fait avec un tel souci du détail que le film évite les clichés et les stéréotypes. Au contraire, on peut y voir un bel hommage à la diversité des cultures africaines, qui sont bien mises en valeur.

«Pour beaucoup d’Africains, ce film a amené au grand écran une réalité qu’ils voient tous les jours. La façon de montrer la diversité de l’Africanité était merveilleuse», s’est réjouie la journaliste américano-nigériane Chika Oduah, basée à Dakar, au Sénégal, dans un article du site The Root.

«Nous avons été humanisés et c’est tout ce qui compte», a applaudi pour sa part la journaliste et réalisatrice sud-africaine Sumeya Gasa dans ce même article. Il est difficile de ne pas être d’accord avec elles.

En conclusion, nous pouvons dire que Black Panther est un film réussi sur de nombreux points. Mais au-delà du film d’action, le long métrage réussi à faire passer d’intéressants messages à saveur politique. Une saveur qui manque cruellement dans ce genre de films à gros budget. Ce film est une preuve qu’il est possible de faire des films d’actions efficaces saupoudrés de messages forts.

Black Panther prouve également qu’un film avec une distribution majoritairement noire peut trouver son public aux États-Unis, mais aussi à l’étranger.

Même si le scénario reste tout de même un peu trop linéaire et prévisible (c’est un film de super-héros après tout), c’est un grand film. L’un des meilleurs films issus de l’univers cinématographique de Marvel. Kevin Feige, le patron de Marvel Studio, pense même que c’est le meilleur film que Marvel ait jamais fait.

Et si T’Challa et le Wakanda vous manquent déjà, rassurez-vous! De nombreux personnages seront de retour dans le prochain film de Marvel, Avengers Infinity War, qui sortira en mai prochain. Sinon, il y a toujours l’excellente bande originale du film signée par Kendrick Lamar qui vous replongera dans l’ambiance du film.  #wakandaforever

Le vidéoclip de All The Stars de Kendrick Lamar en duo avec SZA (extrait de la B.O. du film):

 

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